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À jamais les pionniers

Pour sa 3e édition, la Vendée Arctique- Les Sables d’Olonne propose un défi inédit. Les skippers devront en effet dépasser le cercle polaire à la latitude de leur choix avant de revenir aux Sables d’Olonne. De quoi transformer la course en un sacré casse-tête stratégique.

Francesca Clapcich
© Julien Champolion / polaRYSE - 11th Hour Racing Team

La canicule pour démarrer et la fraicheur pour tout donner. Il y a quatre ans, la dernière édition de la Vendée Arctique s’était déroulée alors que de fortes chaleurs étaient relevées dans l’Hexagone. Les marins avaient franchi la ligne d’arrivée au niveau de l’Islande au terme d’une course folle, marquée par des conditions épiques. Cette année encore, les concurrents s’élanceront dans des conditions estivales. Mais la comparaison entre ces deux éditions s’arrête là. Et pour cause : les neuf concurrents qui s’élanceront n’auront pas un parcours prédéfini comme dans les autres courses. Après avoir quitté les Sables-d’Olonne, les participants mettront le cap au nord pour rallier le cercle polaire qu’ils pourront franchir à la latitude de leur choix  avant de redescendre vers le port vendéen. 

« Excitant, extrême, original et improbable »

Habitués à traverser l’Atlantique tous les ans et à arpenter les mers du Sud tous les quatre ans, les skippers IMOCA mettent rarement le cap autant au nord. Hormis à la dernière Vendée Arctique en 2022, la première étape de The Ocean Race Europe était la course la plus au nord, avec le contournement du Danemark depuis Kiel. C’est donc bien plus nord qu’iront les participants à la Vendée Arctique. Arnaud Boissières (April Marine – recherche co-partenaire) a trouvé la bonne formule pour saisir la portée de ce défi : « nous allons aller plus au nord (66° Nord) que le cap Horn est au sud ». 

« C’est excitant, extrême, original et improbable et ça nous oblige à innover et à improviser », ajoute Arnaud. « C’est l’aventure avec un grand A, on va aller dans des contrées lointaines dans lesquelles on ne va jamais », apprécie Nico d’Estais (Café Joyeux). « J’ai hâte de découvrir les journées longues, de voir le soleil toute la journée et de passer le cercle polaire », poursuit Sam Goodchild (Macif Santé Prévoyance). « Il s’agit d’un format innovant qui va nous permettre d’avoir des stratégies et des tactiques différentes », apprécie Francesca Clapsich (11th Hour Racing). 

 

Corentin Horeau
© MACSF

« Il y aura du jeu à l’aller et au retour » 

Car attention, pas question de la comparer aux courses classiques : il n’y aura pas de parcours défini, chaque skipper pourra prendre la route qu’il juge la plus pertinente pour rallier le cercle polaire et redescendre vers les Sables-d’Olonne. « Il y aura du jeu à l’aller comme au retour, résume Ambrogio Beccaria (Allagrande Mapei). Il faudra réussir à bien se positionner dans des zones qu’on connaît peu ». Le skipper italien rappelle la nécessité de « ne pas oublier de faire des choses simples » même si « des petits gains seront certainement possibles ». 

« Le parcours est inédit dans son format et dans sa forme », résume le directeur de course, Mathias Louarn. Après le départ des Sables-d’Olonne, les skippers laisseront l’Irlande à tribord avant « une route libre ». Ensuite, « il y aura pas mal d’options, décrypte Corentin Horeau (MACSF). On peut notamment contourner l’Islande par l’Est ou l’Ouest ». La stratégie Ouest est plus longue, celle Est plus courte mais les conditions pourraient tout changer. Pour Christian Dumard, le météorologue de la course, ce n’est « qu’au niveau du rocher du Fastnet qu’ils auront une bonne visibilité sur la suite pour s’arrêter sur une stratégie ». 

Beaucoup de transitions et de manœuvres au programme 


Il faudra également composer avec la baisse des températures qui n’aura pas uniquement une incidence sur leur confort à bord. « L’air froid est plus dense donc il donne plus de pression dans les voiles », rappelle Christian. Les skippers qui ont connu la rudesse des mers du Sud au Vendée Globe disposeront d’une expérience précieuse. Par ailleurs, toute la flotte devra composer avec les trains de dépressions qui arrivent de l’Amérique du Nord et remontent vers l’Islande. « Ce sont des phénomènes qui circulent vite et que les skippers pourraient croiser à l’aller comme au retour ». 

Conséquence ? Les concurrents seront soumis à rude épreuve. « Contrairement au Vendée Globe où ils peuvent avoir des conditions identiques et stables plusieurs jours, là il y aura beaucoup de transitions donc beaucoup de manœuvres ». De plus, les skippers pourraient rapidement évoluer dans des systèmes météo différents, ce qui aura forcément un impact sur les écarts. « C’est très difficile de faire des plans sur la comète, d’avoir une idée précise du comportement de la flotte », reconnaît Mathias.

Une affaire de gestion et de résistance 

Par sa particularité et ses nombreuses inconnues, la Vendée Arctique devrait donc longtemps alimenter le suspense. Le fait que le parcours soit libre rendra également difficile la lecture des classements tant que la flotte ne se rapprochera pas de l’arrivée. « Je ne serais pas étonné de voir des stratégies très différentes, pense Nico d’Estais (Café Joyeux). Ce qui est génial avec cette course, c’est que ce n’est pas une course ». 

Pour les spectateurs aussi, la patience sera de mise, puisque les positions sur la cartographie ne permettront pas d’en déduire une hiérarchie avant la fin de la course. Le retour vers les Sables-d’Olonne pourrait même provoquer un resserrement de la flotte « s’il y a une belle situation anticyclonique avec très peu de vent comme c’est le cas en ce moment », souligne Christian. 

Au fur et à mesure que le départ se rapproche, les appréhensions commenceront à se faire un peu plus fortes chez les marins. Tous savent qu’ils devront mener un sacré combat. « Ce sera une course longue où la gestion du rythme, de ses efforts et du sommeil sera primordiale », rappelle Elodie Bonafous (Association Petits Princes – Quéguiner). Sam Goodchild y voit « un long sprint où il ne faudra pas faire de bêtise ». Et tous savourent l’idée de prendre part à ce défi inédit avec la certitude de vivre (et faire vivre) de sacrées émotions. 


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