Toutes les actualités

Ce moment où tout devient réel

Ils ont préparé leurs bateaux pendant des semaines, et même des mois. Ils ont étudié les fichiers météo, vérifié les moindres détails, imaginé des dizaines de scénarios. Pourtant, à quelques heures du départ, il reste toujours une zone impossible à maîtriser : celle des émotions. L'impatience de partir se mêle à l'envie de profiter encore un peu des proches. L'excitation côtoie l'appréhension. Les certitudes construites pendant la préparation laissent une petite place au doute. Ce dimanche, les neuf skippers engagés dans la Vendée Arctique – Les Sables d'Olonne retrouvent cet état si particulier qui précède les grands départs. Celui où la course est déjà dans toutes les têtes, mais pas encore sur l'eau.

Briefing

Entre l'envie de partir et celle de retenir le temps

Quelques heures avant de larguer les amarres, les marins vivent souvent dans une forme de paradoxe. Ils attendent ce départ depuis longtemps. Ils ont travaillé pour lui, pensé à lui, préparé chaque détail de son déroulement. Et pourtant, lorsqu'il approche enfin, certains aimeraient simplement prolonger encore un peu ces dernières heures passées à terre. « Le plus dur, c'est la soirée qui précède le jour J », confie ainsi Manu Cousin. « Tu as envie de ralentir la pendule, de profiter encore des derniers moments avec les proches. » Même après deux Vendée Globe, le Sablais n'échappe pas à cette émotion particulière. Le skipper de Coup de Pouce, qui s'élance à domicile, ne banalise rien de ces heures qui précèdent le grand saut. « On a la chance d'être là, sur cette ligne de départ. J'ai beaucoup travaillé mentalement ces derniers mois pour arriver dans les meilleures dispositions possibles et, aujourd'hui, je me sens plutôt serein. » À l'inverse, d'autres ressentent surtout l'envie que l'attente prenne fin. « À un moment, il faut y aller », sourit Nicolas d'Estais. « Les derniers jours, tu es occupé en permanence, mais il ne se passe finalement pas grand-chose. Tu scrutes la météo, tu prépares tout, tu ronges un peu ton frein. » Le skipper de Café Joyeux attend désormais une seule chose : pouvoir ouvrir la soupape de décompression. « Souvent, dès que le départ est donné, le stress disparaît. » Entre ces deux sentiments contraires se trouve sans doute l'essence même des heures qui précèdent une course : l'envie de retenir encore un peu le temps et celle, tout aussi forte, de voir enfin l'aventure commencer.

Quand la tête travaille

Le stress d'avant-départ ne se manifeste jamais tout à fait de la même manière. Chez certains, il s'invite dans les pensées. Chez d'autres, dans le sommeil. Ou parfois dans le corps lui-même. « J'avais chaud cette nuit », raconte Corentin Horeau en riant. « Ça m'avait déjà fait ça avant la 1000 Race. Je me réveille en transpiration alors que j'ai pourtant bien dormi. Je pense que la tête travaille. » Une réaction qu'il accueille avec philosophie. « C'est normal. Je débute encore en IMOCA. » Même constat chez Sam Goodchild (MACIF Santé Prévoyance), qui décrit ce moment particulier où tout est prêt mais où rien n'a encore commencé. 


« C'est excitant, forcément. Il y a aussi de l'appréhension. Le matin du départ, il est trop tard pour changer quoi que ce soit, mais on ne peut pas encore faire la course. Alors on regarde la météo des premières heures, des premiers jours, encore et encore. »

Sam Goodchild
MACIF Santé Prévoyance

Pour Ambrogio Beccaria, qui dispute sa première grande course en solitaire à bord de son IMOCA Allagrande Mapei, l'expérience n'efface pas davantage cette tension. « Honnêtement, même si c'était ma dixième course, je ne serais probablement pas beaucoup plus tranquille. » L'Italien s'appuie néanmoins sur sa récente navigation de qualification pour se rassurer. « Elle m'a surtout rappelé que, même après deux ans sans course en solitaire, je sais encore faire. Le bateau est impressionnant, mais il faut anticiper beaucoup et éviter de se faire surprendre. »

Un horoscope avant l'Arctique

Et puis il y a ces petits rituels qui apparaissent souvent lorsque l'heure approche. Ces gestes anodins, parfois irrationnels, auxquels même les marins les plus cartésiens accordent malgré eux une attention amusée. Ce dimanche matin, Élodie Bonafous et Francesca Clapcich (11th Hour Racing) ont ainsi pris connaissance de leur horoscope avant de mettre le cap vers le Grand Nord. « Le mien n'est pas bon du tout », s'amuse la skipper d'Association Petits Princes – Quéguiner. « Il me dit qu'il ne faut pas confondre vitesse et précipitation. Il me dit aussi que je vais attraper froid. Ce qui n'est pas totalement impossible vu l'endroit où l'on va ! » Évidemment, la Finistérienne assure ne pas vraiment croire aux prédictions astrologiques. Mais elle reconnaît volontiers que le conseil mérite d'être conservé. « Ne pas confondre vitesse et précipitation, c'est finalement un très bon adage en IMOCA. » La scène prête à sourire. Elle rappelle surtout qu'à quelques heures d'un départ, même les marins les plus expérimentés cherchent parfois à apprivoiser l'incertitude qui les attend. Dans quelques heures, il ne sera plus temps d'imaginer la course. Il faudra la vivre. Cap au nord, vers des latitudes que peu d'entre eux fréquentent habituellement. Les doutes, l'impatience et l'excitation ne disparaîtront pas pour autant. Mais l'heure sera enfin venue de passer de l'attente à l'action.

 

Suivez le départ | Vendée Arctique - Les Sables d'Olonne 2026

Partager cet article

Dernières actualités