Entre l'envie de partir et celle de retenir le temps
Quelques heures avant de larguer les amarres, les marins vivent souvent dans une forme de paradoxe. Ils attendent ce départ depuis longtemps. Ils ont travaillé pour lui, pensé à lui, préparé chaque détail de son déroulement. Et pourtant, lorsqu'il approche enfin, certains aimeraient simplement prolonger encore un peu ces dernières heures passées à terre. « Le plus dur, c'est la soirée qui précède le jour J », confie ainsi Manu Cousin. « Tu as envie de ralentir la pendule, de profiter encore des derniers moments avec les proches. » Même après deux Vendée Globe, le Sablais n'échappe pas à cette émotion particulière. Le skipper de Coup de Pouce, qui s'élance à domicile, ne banalise rien de ces heures qui précèdent le grand saut. « On a la chance d'être là, sur cette ligne de départ. J'ai beaucoup travaillé mentalement ces derniers mois pour arriver dans les meilleures dispositions possibles et, aujourd'hui, je me sens plutôt serein. » À l'inverse, d'autres ressentent surtout l'envie que l'attente prenne fin. « À un moment, il faut y aller », sourit Nicolas d'Estais. « Les derniers jours, tu es occupé en permanence, mais il ne se passe finalement pas grand-chose. Tu scrutes la météo, tu prépares tout, tu ronges un peu ton frein. » Le skipper de Café Joyeux attend désormais une seule chose : pouvoir ouvrir la soupape de décompression. « Souvent, dès que le départ est donné, le stress disparaît. » Entre ces deux sentiments contraires se trouve sans doute l'essence même des heures qui précèdent une course : l'envie de retenir encore un peu le temps et celle, tout aussi forte, de voir enfin l'aventure commencer.
Quand la tête travaille
Le stress d'avant-départ ne se manifeste jamais tout à fait de la même manière. Chez certains, il s'invite dans les pensées. Chez d'autres, dans le sommeil. Ou parfois dans le corps lui-même. « J'avais chaud cette nuit », raconte Corentin Horeau en riant. « Ça m'avait déjà fait ça avant la 1000 Race. Je me réveille en transpiration alors que j'ai pourtant bien dormi. Je pense que la tête travaille. » Une réaction qu'il accueille avec philosophie. « C'est normal. Je débute encore en IMOCA. » Même constat chez Sam Goodchild (MACIF Santé Prévoyance), qui décrit ce moment particulier où tout est prêt mais où rien n'a encore commencé.