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Ambrogio Beccaria : « Partir avec plus de questions que de réponses »

Vainqueur de la Mini Transat 6.50 en Série en 2019, deuxième de la Route du Rhum en Class40 trois ans plus tard, Ambrogio Beccaria s'est forgé une réputation de marin capable d'apprendre vite. À l'aube de la Vendée Arctique – Les Sables d'Olonne, l'Italien se retrouve pourtant face à un vaste champ d'inconnues. Première course en solitaire à bord de son IMOCA Allagrande Mapei, bateau profondément modifié ces derniers mois, découverte du Grand Nord et d'un parcours aux multiples options stratégiques : le skipper s'apprête à prendre le départ avec davantage de questions que de certitudes. Une situation qui ne semble toutefois pas l'effrayer. Bien au contraire.

Ambrogio Beccaria

Là où les réponses n'existent pas encore

La plupart des marins engagés dans leur première saison IMOCA en solitaire ont déjà emmagasiné de précieux enseignements lors de la 1000 Race disputée en mai dernier. Pas Ambrogio Beccaria. Pour le Milanais, la Vendée Arctique – Les Sables d'Olonne constituera le premier véritable test grandeur nature seul à bord de son bateau. Une entrée en matière qui n'a rien d'anodin. Car cette course ne ressemble à aucune autre. Direction le cercle polaire arctique, jusqu'à la latitude 66° Nord, avant un retour vers Les Sables d'Olonne sur une trajectoire largement libre. Un terrain de jeu immense, fascinant et parfois déroutant. « J’ai étudié la route avant même la météo », confie-t-il. « Parce qu'en réalité, je ne connais pas du tout cette zone. Je ne pense pas que beaucoup de monde la connaisse vraiment. » Plus il se plonge dans les cartes, plus les questions s'accumulent. Quels choix effectuer à l'aller sans compromettre les options du retour ? Faudra-t-il chercher à s'abriter le long des côtes islandaises ? Comment gérer les zones les plus exposées ? Quels seront les véritables pièges de ce parcours ? « Il y a encore beaucoup de zones d'ombre », résume-t-il. « Il faut trouver plein d'informations, comprendre comment apprivoiser les températures extrêmes, savoir si la mer est différente... » Et au milieu de toutes ces interrogations géographiques et météorologiques s'en glisse une autre, plus personnelle. 


« Je n'ai jamais navigué en course seul sur un IMOCA. Je ne sais pas encore à quel point on arrive à être agile en solitaire à bord. »

Ambrogio Beccaria
ALLAGRANDE MAPEI

Un chantier qui rebrouille les cartes

Comme si la découverte de la course ne suffisait pas, Ambrogio doit également composer avec une machine en pleine évolution. Depuis plusieurs mois, Allagrande Mapei fait l'objet d'importants travaux de développement. Les puits de foils ont notamment été profondément modifiés afin de préparer l'arrivée de futurs appendices. Pour l'heure pourtant, ce sont encore les anciens foils qui équipent le monocoque de 60 pieds. Une configuration transitoire, hybride, qui ajoute une couche supplémentaire d'incertitude. « On a quand même un peu révolutionné le bateau », explique-t-il. « Il faut réapprendre beaucoup de choses. » Comme lorsqu'on récupère sa voiture après un long passage au garage : on la reconnaît, mais certains réflexes ne fonctionnent plus tout à fait pareil. Et le constat est assumé. « Aujourd'hui, ma monture n'est pas dans sa configuration idéale. Au final, elle est probablement moins puissante qu'avant. » Et surtout, certaines réponses manquent encore. « Il y avait des phases où elle était très facile à très haute vitesse. On ne sait pas si c'est toujours le cas. » La Vendée Arctique prendra donc aussi des allures de laboratoire à ciel ouvert. Une occasion unique de comprendre comment réagit cette nouvelle version d'Allagrande Mapei dans des conditions particulièrement variées. « On manque encore de recul aujourd'hui », reconnaît-il.

Allagrande Mapei

L'excitation de la découverte

À mesure que la flotte remontera vers l'Islande puis vers le cercle polaire, d'autres paramètres entreront en jeu. Le froid, bien sûr. La fatigue aussi. Le marin se souvient encore d'un précédent passage dans le courant du Labrador, où l'eau était descendue à seulement quelques degrés. « Avec une eau à 4 ou 5 degrés, tu réfléchis davantage avant d'aller faire une manœuvre à l'avant. Tu ne peux plus les enchaîner. Tu t'épuises beaucoup plus vite. » Même si les températures les plus extrêmes ne devraient durer qu'un ou deux jours, elles pourraient peser lourd dans la balance. « Si tu ne les gères pas bien, c'est déjà beaucoup. » L'objectif est simple. « Il faudra déjà essayer de bien la terminer, de rentrer avec un bateau intact et sans être trop cassé. Ce sera déjà bien. » Et pourtant, derrière la prudence du discours, l'excitation affleure constamment. « Je suis méga enthousiaste, sincèrement. » Parce qu'au-delà du classement et de la performance, cette Vendée Arctique représente précisément ce qu'Ambrogio Beccaria aime le plus dans la course au large : l'opportunité d'apprendre. D'apprendre un bateau. D'apprendre une région du monde. D'apprendre aussi un peu plus sur lui-même. « Ça va être une énorme découverte », glisse-t-il.  Et finalement, peut-être que le véritable objectif est là : rentrer avec les bonnes réponses.

Interview Ambrogio BECCARIA | Vendée Arctique - Les Sables d'Olonne 2026

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