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Le Fastnet dans le rétroviseur, la maison dans le viseur

Depuis plusieurs jours, Manu Cousin (Coup de Pouce) navigue dans une temporalité un peu particulière. Celle où les classements ne racontent plus grand-chose, où les autres sont déjà arrivés, mais où chaque mille continue pourtant de compter. Seul concurrent encore en mer sur cette Vendée Arctique – Les Sables d'Olonne, le Sablais poursuit sa longue route vers la Vendée. Une route qui ne lui fait décidément aucun cadeau. Après un contournement de l'Irlande particulièrement laborieux, le mythique phare du Fastnet a finalement basculé dans son sillage au cœur de la nuit dernière. Une étape symbolique. Un soulagement aussi. Mais certainement pas encore une délivrance.

Manu Cousin (Coup de Pouce)

Le Fastnet, enfin

Sur une carte, le Fastnet n'est qu'un point parmi d'autres. Pour les marins, c'est tout autre chose. Le célèbre phare irlandais appartient à ces repères qui jalonnent depuis des décennies l'histoire de la course au large. D'innombrables navigateurs ont laissé sa silhouette dans leur sillage au fil des grandes courses océaniques. Manu Cousin le connaît bien. Comme nombre de marins du circuit IMOCA, il l'a déjà croisé à maintes reprises lors des entraînements ou des épreuves du RORC. Encore fallait-il réussir à l'atteindre. Ces derniers temps, la météo s'emploie à lui compliquer la tâche. Vent fort, puis plus rien. Une risée, puis une nouvelle zone sans vent. Un véritable parcours à contretemps qui n'a cessé de repousser son rendez-vous avec le rocher mythique. « La journée n'a pas été facile. C'est toujours du on/off. J'espérais réussir à prendre les devants sur la molle qui me barrait la route, mais elle a fini par me happer. Je n'ai pas été totalement arrêté, mais je n'avançais clairement pas très vite. » Alors que le skipper de Coup de Pouce espérait franchir ce cap symbolique dès hier après-midi, il a finalement fallu patienter jusqu'à une heure du matin, ce vendredi, pour y parvenir. Entre-temps, le vent est revenu et la progression a retrouvé son rythme : exigeante, au près et toujours aussi peu reposante. 


C'est reparti dans une vingtaine de nœuds, avec des rafales à 30 nœuds. Mais le plus important n'est peut-être pas là. Le Fastnet, c'est surtout le moment où l'on cesse de penser au chemin qu'il reste à parcourir et où l'on commence à penser à la maison.


En terrain connu, mais pas en terrain facile

Passer le Fastnet, c'est aussi changer de décor. Derrière lui s'ouvrent désormais la mer Celtique puis la Manche, des eaux que les marins de la façade atlantique sillonnent toute l'année. Dans ce contexte, les repères reviennent peu à peu. Un réconfort discret après près de douze jours passés dans l'immensité de l'Atlantique Nord. Pour autant, le décor n'a rien d'accueillant. Depuis plusieurs heures, Manu Cousin progresse dans une véritable purée de pois. « On retrouve des secteurs plus familiers, mais cela demande beaucoup de vigilance. Le trafic revient : cargos, pêcheurs, bateaux de commerce... Et en ce moment, je n'ai quasiment aucune visibilité. Puis il y a ce vilain crachin qui finit par traverser toutes les couches de vêtements. » À bord, l'usure commence également à se faire sentir. Après bientôt douze jours de mer, le sommeil se résume à une succession de micro-siestes soigneusement dosées. « Psychologiquement, cela fait du bien de se rapprocher de zones que l'on connaît. Mais il reste beaucoup de choses à surveiller. La fatigue commence à être bien présente et je vais continuer à fonctionner par petits sommes de vingt à trente minutes, en gardant un œil très attentif sur l'AIS et sur tout ce qui se passe autour du bateau. »

Manu Cousin (Coup de Pouce)

La maison se mérite encore

Les côtes françaises se rapprochent désormais. Avec elles reviennent la perspective d'un peu de soleil, de températures plus clémentes et d'une atmosphère moins rude que celle qui accompagne le skipper de Coup de Pouce depuis plusieurs jours. Mais la Vendée Arctique semble avoir gardé une dernière facétie en réserve. Après les fronts, les rafales, les longues heures de près et les innombrables manœuvres, une nouvelle invitée s'annonce déjà sur sa route : une vaste zone de molle étirée dans le golfe de Gascogne. L'équivalent d'un dernier feu rouge qui s'éternise alors que l'on aperçoit déjà la lumière du salon. « J'ai récupéré des fichiers météo assez détaillés, mais cela reste forcément un peu aléatoire. J'espère simplement ne pas rester bloqué trop longtemps devant les Sables d’Olonne. » L'arrivée est désormais envisagée dimanche, dans l'après-midi. Encore plusieurs centaines de milles à parcourir. Encore quelques pièges à déjouer. Mais pour la première fois depuis longtemps, quelque chose a changé. Le Fastnet est derrière lui. Les Sables commencent à se dessiner un peu plus concrètement dans son horizon. « Maintenant, j'ai surtout hâte de rentrer, de retrouver tout le monde et, forcément, de retrouver la maison. » Une perspective qui suffit parfois à alléger les derniers milles.


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