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Dans la tête d’Ambrogio

Le vainqueur de la Vendée Arctique - Les Sables d'Olonne a tout connu en l’espace de 8 jours et 14 heures. Il a enduré plusieurs problèmes techniques, subi un black-out et a dû plonger sous la coque dans des eaux glaciales. Pourtant, l’Italien s’est toujours accroché au point d’entamer une longue « remontada » jusqu’à un final à couper le souffle où il est parvenu à s’imposer. Il a pris le temps de revenir en longueur sur chaque phase de sa course, avec l’humilité et la franchise qui le caractérisent.

Ambrogio Beccaria lors de l'arrivée.
© DR

Le stress

36 heures à douter, 36 heures à s’agacer du mauvais sort. Ambrogio Beccaria peine à rentrer dans la course après le top départ. L’appréhension du départ n’est jamais vraiment retombée. « J’avais beaucoup de stress en moi, j’avais eu du mal à dormir la veille », confie-t-il. Les circonstances ne l’aident pas car les problèmes techniques s’accumulent. « J’ai eu un black-out, pas mal de soucis de pilote automatique et ça ne faisait qu’alimenter mon stress ». L’Italien voit la tête de course s’éloigner et « pense même à abandonner ». 

La confiance retrouvée.

 Ultime péripétie technique, ce foutu filet de pêche et cette bouée qui se sont bloqués sous la quille. Ambrogio n’a plus le choix. Il doit plonger. L’acte est délicat : le marin ne peut plonger longtemps, l’eau est glaciale. À cinq reprises, il se jette ainsi à l’eau une poignée de minutes. Son abnégation paie et même un peu plus. « Une fois que j’ai réussi, paradoxalement, j’ai tout de suite senti que j’étais plus détendu ». C’est presque un nouveau départ. « Je n’avais plus de pression et j’arrivais à relativiser et à dormir un peu plus ». Il parle d’un « crescendo de confiance » qui venait de débuter, lui qui a trouvé, au passage des îles Féroés, un « regain d’énergie ». 

La satisfaction du travail bien fait

Le nord est déjà là, avec ses températures si fraiches, son ciel bas et ses multiples coups de vent. Ambrogio a dépassé Francesca Clapcich (11th Hour Racing) et se rapproche du cercle polaire. Le passage est symbolique, il a des mots forts – « on l’a fait » - pourtant l’instant est étrange, le cercle polaire n’étant matérialisé que sur le GPS. Et puis il faut faire demi-tour, poursuivre la course, redescendre vers la maison. Pourtant, Ambrogio a tenu à profiter de l’instant. « J’ai une préparation mentale et je sais que ce qui est symbolique, ça compte psychologiquement », sourit-il. 

Passage de ligne en vainqueur pour Ambrogio Beccaria 💪

La prudence et l’audace

Le rythme de la course s’intensifie et Ambrogio Beccaria est dans le match pour la troisième place, aux côtés de Violette Dorange et de Francesca Clapcich. Devant, Sam Goodchild (MACIF Santé Prévoyance) et Élodie Bonafous (Association Petits Princes – Quéguiner) ont décidé de passer entre l’Angleterre et l’Irlande. Ambrogio s’y refuse. « Je ne voulais pas prendre le risque de traverser le détroit », rappelle-t-il. « Il fallait composer avec 30 nœuds de vent et 4 mètres de mer, veiller au trafic, aux risques de s’échouer, multiplier les empannages… Et en même temps, on avait du vent au portant à l’ouest, ce sont des conditions où je suis à l’aise ». S’il est le premier à prendre cette décision, il sera finalement suivi par Violette Dorange et Francesca Clapcich. Alors jugée conservatrice au départ, cette option s’avèrera audacieuse puisqu’elle participera à rapprocher Ambrogio du duo de tête.

L’incroyable ténacité et le goût de l’espoir. 

Jusqu’à la dernière journée de compétition, Ambrogio se refuse à y croire. « Je ne me suis jamais dit que j’aillais l’emporter, Sam et Élodie avaient beaucoup trop d’avance », précise-t-il. Pourtant, Ambrogio constate que Sam est obligé d’effectuer un long détour pour éviter la zone sans vent. « Moi j’ai pu couper (plus proche de la route directe) et pendant quelques heures, j’étais à 25 nœuds quand Sam n’était plus qu’à 5 nœuds ! » Alors que les bateaux sont côte à côte, Ambrogio progresse grâce à une petite voile d’avant plate, le quad (230 m2 de voilure), alors que Sam, lui, évolue avec un spi. Ensuite, Ambrogio bénéficie légèrement de sa position plus nord grâce à un vent légèrement plus porteur. Il est à 25 nœuds, Sam est bloqué à une dizaine de nœuds. L’Italien garde son sang-froid jusqu’au bout : ce n’est qu’à une trentaine de milles de l’arrivée qu’il a « commencé à se détendre ». 

La joie collective. 

Après avoir franchi la ligne d’arrivée, il a fallu quelque temps pour reprendre ses esprits. « Je me demandais surtout comment c’était possible, comment j’ai pu gagner la course ». Il parle d’un mélange « d’étonnements, de surprise » mais aussi de fierté. Car en allant au bout, il récompense aussi tout le travail effectué par son équipe depuis plusieurs mois. Ils sont d’ailleurs quelques-uns d’Allagrande Mapei à être montés à bord après l’arrivée pour fêter la victoire. « J’étais plein d’adrénaline, je n’ai pas pu beaucoup dormir mais ça faisait plaisir de partager ça avec eux »

Le temps de l’émotion.

Après une courte nuit, Ambrogio a donc arpenté le chenal au petit matin. Il évoque un moment « très émouvant », lui qui a été surpris par la présence de nombreux spectateurs. Mais Ambrogio connait le contexte, quelques jours après la disparition de Charlie Dalin. « Je comprends la tristesse qui les animait, je sais que les Sablais et les Vendéens sont très attachés à Charlie qui les a tant fait rêver. Ils ont partagé chacune de ses victoires de façon presque intime »

L’importance de la légèreté. 

Le skipper d'Allagrande Mapei est ensuite revenu sur son aventure dans des interviews, s’est plié au protocole mis en place jusqu’à la remise des prix jeudi dernier. Il a retrouvé aussi un rythme de terrien et assure qu’il « a commencé progressivement à réaliser » qu’il avait gagné. Pour sa première course en solitaire en deux ans, il s’impose. « On se demande toujours si c’est encore possible, si tu vas encore dans le match ». Pour l’avoir été, Ambrogio a une méthode : rester léger dans sa tête en « toutes circonstances ». « C’est important de ne pas se laisser écraser par les problèmes, le classement, les circonstances. Conserver cette légèreté, c’est primordial pour tenir bon et tout donner jusqu’au bout. » De quoi permettre à Ambrogio, à l’avenir, de revivre ses folles émotions de la Vendée Arctique !

À bord d'Allagrande Mapei.
© DR

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