La prudence et l’audace.
Le rythme de la course s’intensifie et Ambrogio Beccaria est dans le match pour la troisième place, aux côtés de Violette Dorange et de Francesca Clapcich. Devant, Sam Goodchild (MACIF Santé Prévoyance) et Élodie Bonafous (Association Petits Princes – Quéguiner) ont décidé de passer entre l’Angleterre et l’Irlande. Ambrogio s’y refuse. « Je ne voulais pas prendre le risque de traverser le détroit », rappelle-t-il. « Il fallait composer avec 30 nœuds de vent et 4 mètres de mer, veiller au trafic, aux risques de s’échouer, multiplier les empannages… Et en même temps, on avait du vent au portant à l’ouest, ce sont des conditions où je suis à l’aise ». S’il est le premier à prendre cette décision, il sera finalement suivi par Violette Dorange et Francesca Clapcich. Alors jugée conservatrice au départ, cette option s’avèrera audacieuse puisqu’elle participera à rapprocher Ambrogio du duo de tête.
L’incroyable ténacité et le goût de l’espoir.
Jusqu’à la dernière journée de compétition, Ambrogio se refuse à y croire. « Je ne me suis jamais dit que j’aillais l’emporter, Sam et Élodie avaient beaucoup trop d’avance », précise-t-il. Pourtant, Ambrogio constate que Sam est obligé d’effectuer un long détour pour éviter la zone sans vent. « Moi j’ai pu couper (plus proche de la route directe) et pendant quelques heures, j’étais à 25 nœuds quand Sam n’était plus qu’à 5 nœuds ! » Alors que les bateaux sont côte à côte, Ambrogio progresse grâce à une petite voile d’avant plate, le quad (230 m2 de voilure), alors que Sam, lui, évolue avec un spi. Ensuite, Ambrogio bénéficie légèrement de sa position plus nord grâce à un vent légèrement plus porteur. Il est à 25 nœuds, Sam est bloqué à une dizaine de nœuds. L’Italien garde son sang-froid jusqu’au bout : ce n’est qu’à une trentaine de milles de l’arrivée qu’il a « commencé à se détendre ».
La joie collective.
Après avoir franchi la ligne d’arrivée, il a fallu quelque temps pour reprendre ses esprits. « Je me demandais surtout comment c’était possible, comment j’ai pu gagner la course ». Il parle d’un mélange « d’étonnements, de surprise » mais aussi de fierté. Car en allant au bout, il récompense aussi tout le travail effectué par son équipe depuis plusieurs mois. Ils sont d’ailleurs quelques-uns d’Allagrande Mapei à être montés à bord après l’arrivée pour fêter la victoire. « J’étais plein d’adrénaline, je n’ai pas pu beaucoup dormir mais ça faisait plaisir de partager ça avec eux ».
Le temps de l’émotion.
Après une courte nuit, Ambrogio a donc arpenté le chenal au petit matin. Il évoque un moment « très émouvant », lui qui a été surpris par la présence de nombreux spectateurs. Mais Ambrogio connait le contexte, quelques jours après la disparition de Charlie Dalin. « Je comprends la tristesse qui les animait, je sais que les Sablais et les Vendéens sont très attachés à Charlie qui les a tant fait rêver. Ils ont partagé chacune de ses victoires de façon presque intime »
L’importance de la légèreté.
Le skipper d'Allagrande Mapei est ensuite revenu sur son aventure dans des interviews, s’est plié au protocole mis en place jusqu’à la remise des prix jeudi dernier. Il a retrouvé aussi un rythme de terrien et assure qu’il « a commencé progressivement à réaliser » qu’il avait gagné. Pour sa première course en solitaire en deux ans, il s’impose. « On se demande toujours si c’est encore possible, si tu vas encore dans le match ». Pour l’avoir été, Ambrogio a une méthode : rester léger dans sa tête en « toutes circonstances ». « C’est important de ne pas se laisser écraser par les problèmes, le classement, les circonstances. Conserver cette légèreté, c’est primordial pour tenir bon et tout donner jusqu’au bout. » De quoi permettre à Ambrogio, à l’avenir, de revivre ses folles émotions de la Vendée Arctique !