L’appel de l’inconnu
Pour beaucoup de marins, certaines destinations exercent une forme de fascination. Non pas seulement parce qu’elles figurent sur les cartes, mais parce qu’elles ouvrent la porte à des univers que l’on connaît encore mal. Pour Elodie Bonafous, ce cap fixé à 66° Nord appartient clairement à cette catégorie. Une latitude qu’elle n’a jamais approchée et qui nourrit déjà son imagination. « Franchement, c’est quand même assez ouf. Je crois que personne n’est déjà allé aussi au nord en IMOCA », sourit-elle. La remarque prend encore davantage de relief lorsque cette latitude est reportée dans l’hémisphère sud : elle se situe plus au sud que le cap Horn. « Quand Arnaud Boissières l’a expliqué il y a quelques jours, ça m’a vraiment fait prendre conscience de ce que cela représentait. » Mais plus que le symbole géographique, c’est tout ce qui l’accompagne qui l'attire. Les paysages qui évolueront au fil de la remontée, les températures, les lumières, les états de mer. Autant d’éléments qui viendront progressivement transformer le décor habituel des marins de l’Atlantique.
Sortir du connu
S'il y a une chose qui enthousiasme particulièrement la Finistérienne, c'est l'idée de naviguer sans véritable mode d'emploi. « On va dans un endroit qu’on ne connaît pas. Les systèmes météo que l’on va rencontrer, la façon dont la course va se courir, les choix qu’il faudra faire… tout est complètement inédit. » Dans une discipline où l’expérience accumulée constitue souvent un avantage précieux, cette aventure redistribue en partie les cartes. Chacun dispose de repères, bien sûr. Mais personne ne possède de véritable historique sur lequel s’appuyer. « Sur une carte, ce n’est qu’une ligne de latitude. Mais pour nous, cela représente un territoire que nous n’avons jamais fréquenté, avec des lumières, des conditions totalement nouvelles. » Plus qu’un simple aller-retour vers le nord, cette navigation impose également une façon de penser différente. Il faut construire sa course en regardant devant soi tout en gardant déjà un œil sur le chemin du retour. « La mécanique de réflexion est très différente de ce que l’on connaît habituellement », observe-t-elle. Cette part d’inconnu ne l’inquiète pas. Au contraire. Elle y voit une occasion rare d’apprendre, de se confronter à de nouvelles situations et d’accumuler de nouveaux enseignements. « Je pense qu’on va découvrir énormément de choses. »