Dans le jardin secret des passionnés d’aventure, il y a des mots qui résonnent un peu plus fort et qui concentrent à eux seuls l’imagination et le rêve. Une courte liste où se trouvent forcément quelques déserts, des cimes de montagne qui tutoient le ciel et des caps qu’on a longtemps pensé infranchissables. Et puis il y a des points (point Nemo) et des traits dont le cercle polaire arctique. Une longue ligne de 15 985 km, au-dessous de laquelle les terres sont si rares (le nord de la Sibérie, le Groenland, l’extrême nord du Canada) et les hommes rarement de passage.
« Ici, c’est gris, gris, gris »
En s’élançant depuis les Sables-d’Olonne, dimanche dernier, les skippers de la Vendée Arctique savaient qu’ils disputeraient un peu plus qu’une course en devenant les premiers marins en course et en solitaire à franchir ce fameux cercle polaire. Depuis la terre, les amateurs d’aventure et de course au large imaginaient déjà l’éclat du soleil de minuit, des couchers de soleil à couper le souffle éclairant un ciel bleu immaculé.
Mais c’est un tout autre paysage que les marins ont décrit. « Ici, c’est gris, gris, gris », expliquait hier matin le leader Sam Goodchild. « C’est une espèce de brouillard et de bruine où il n’y a quasiment pas de visibilité, corrobore Elodie Bonafous (Association Petits Princes – Quéguiner). Franchement, c’est une ambiance un peu lugubre ». « Le paysage est totalement lunaire », dit également Violette Dorange. Nico d’Estais (Café Joyeux) fait le même constat : « tout est gris, l’eau, le ciel, les nuages… C’est cinquante nuances de gris mais version tout public ! » Arnaud Boissières assure que « d’un seul coup, tout est devenu très couvert. On ne voit pas grand-chose mais il fait vraiment frais ».