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Derniers milles, dernières questions

Les premiers IMOCA sont attendus aux Sables d'Olonne dans la soirée de ce lundi. Mais si la ligne d'arrivée se rapproche, les réponses, beaucoup moins. Sam Goodchild (MACIF Santé Prévoyance), impérial depuis le départ, a longtemps semblé naviguer vers une victoire sans histoire. Puis le golfe de Gascogne a décidé de s'en mêler. Une vaste zone de molle s'est installée sur la route des Sables d'Olonne et, avec elle, le doute. Derrière le leader, Élodie Bonafous (Association Petits Princes – Quéguiner), Ambrogio Beccaria (Allagrande Mapei), Violette Dorange (Initiatives-Cœur) et Francesca Clapcich (11th Hour Racing) ont réduit l'écart au fil des heures. À quelques encablures du dénouement, deux scénarios continuent de coexister : soit le marin franco-britannique conserve suffisamment de marge pour repousser le retour de ses adversaires, soit les derniers milles se transforment en empoignade.

Ambiance à bord de l'Imoca Macif Santé Prévoyance, skippé par Sam Goodchild lors de la Vendée Arctique 2026 – en mer le 08/06/2026
Ambiance à bord de l'Imoca Macif Santé Prévoyance, skippé par Sam Goodchild lors de la Vendée Arctique 2026 – en mer le 08/06/2026

Accepter ce que l'on ne maîtrise pas

Pendant huit jours, Sam Goodchild a donné l'impression de contrôler parfaitement son sujet. Parti aux avant-postes, auteur d'un passage intérieur remarquablement négocié autour de l'Irlande, le skipper de MACIF Santé Prévoyance comptait encore plus de cent milles d'avance sur son plus proche poursuivant hier à la mi-journée. Puis la météo a sorti sa spécialité : réécrire le scénario au moment où tout le monde pensait connaître la fin. D'un coup, la question n'était plus de savoir s’il allait gagner, mais dans quelles conditions il allait devoir défendre son avance.  Une vaste zone de molle s'est plantée pile-poil sur la route des Sables d'Olonne. Heure après heure, les écarts ont commencé à fondre. Dans son sillage, Élodie Bonafous, Ambrogio Beccaria, Violette Dorange et Francesca Clapcich ont repris du terrain. Certains routages continuent de lui accorder un petit matelas. D'autres dessinent un regroupement spectaculaire dans les derniers milles. « Ceux qui semblaient encore hors de portée il y a peu pourraient revenir très vite dans le match. », a expliqué le leader. 


Il est même possible que l'on se retrouve tous à vue à un moment.

Sam Goodchild
MACIF Santé Prévoyance

Pour celui qui mène la danse depuis le départ, le défi n'est plus seulement météorologique. Comment défendre son avantage lorsqu'une zone sans vent menace précisément d'effacer les écarts ? Comment contrôler quatre concurrents lancés à l'attaque ? La réponse de Sam Goodchild tient en une phrase : « Au final, il faut surtout accepter ce que l'on ne maîtrise pas. » Une philosophie qui résonne bien au-delà de son seul cas. Derrière lui, tout le monde s'apprête à jouer ses dernières cartes. Francesca Clapcich ne s'en cache pas : « Cette fin de course va offrir à chacun une opportunité de gagner ou de perdre des places. Rien n'est encore joué. » Dans ce contexte, la vitesse n'est plus forcément le sujet principal. La lucidité, si. Choisir sa route. Savoir patienter.  Résister à la tentation de calquer ses choix sur ceux des autres. Et accepter que, parfois, le verdict appartienne encore un peu à l'Atlantique.

Ambiance à bord de l'Imoca Allagrande-Mapei, skippé par Ambrogio Beccaria lors de la Vendée Arctique 2026 – en mer le 08/06/2026
Ambiance à bord de l'Imoca Allagrande-Mapei, skippé par Ambrogio Beccaria lors de la Vendée Arctique 2026 – en mer le 08/06/2026

Le coup dur pour Élodie Bonafous

Comme si cette fin de parcours n'était pas déjà suffisamment incertaine, un autre élément est venu s'inviter dans l'équation. Hier, le jury a rendu sa décision concernant Élodie Bonafous après son passage dans le DST North Channel, dispositif de séparation du trafic situé dans le canal du Nord entre l'Irlande et l'Écosse. À l'issue de l'instruction, la navigatrice d'Association Petits Princes – Quéguiner s'est vu infliger douze heures de pénalité. Celle-ci devra être effectuée sur l'eau, selon un protocole précis, soit avant le 50°20 Nord, soit après le passage de l'île de Sein. La nouvelle a été difficile à encaisser pour la Finistérienne, qui venait de reprendre la deuxième place grâce à son option par la mer d'Irlande et réalisait jusqu'ici une course de très haut niveau. « Quand j'ai appris la sanction, je suis tombée de très haut », a-t-elle confié. « Depuis, je navigue avec un mélange d'incompréhension, de frustration et, je dois bien l'avouer, un peu de colère. » Elle ne conteste pas son erreur : « Je suis totalement en accord avec le fait que je suis entrée dans une zone interdite. C'est une erreur de ma part. » Reste désormais à composer avec les conséquences de cette décision. « L'idée de devoir m'arrêter pendant douze heures et regarder les autres passer est extrêmement difficile à accepter. Rien que d'en parler, ça me serre le ventre. » À quelques heures de l'arrivée, cette pénalité modifie profondément les équilibres dans le groupe de poursuite.

Une arrivée qui promet des étincelles

En résumé, à l'approche des Sables d'Olonne, les certitudes se font aussi rares que le vent annoncé dans le golfe de Gascogne. Les routages continuent de raconter des histoires différentes. Certains accordent encore un léger avantage à Sam Goodchild. D'autres esquissent un regroupement spectaculaire aux portes de l'arrivée. Une chose, en revanche, ne fait guère de doute : personne n'a rangé ses ambitions. Violette Dorange guette la moindre opportunité de revenir dans le jeu. Ambrogio Beccaria avance sans s'emballer mais reste parfaitement placé. Francesca Clapcich, elle, a déjà choisi d'attaquer : « Si je me contente de faire exactement la même chose que les autres, cela ne fonctionnera probablement pas. » Au fond, c'est peut-être ce qui rend cette fin de Vendée Arctique si fascinante. Après plus d'une semaine de course, des centaines de milles avalés, des passages engagés, des choix majeurs autour de l'Irlande, des fronts, de la fatigue et des nuits trop courtes, personne n'est encore en mesure d'affirmer comment cette histoire va se terminer. Il y a quelque chose de délicieusement paradoxal à voir une telle aventure se jouer dans si peu de vent. Comme si l'Atlantique, après avoir bousculé les marins pendant des jours, leur imposait une dernière épreuve : celle de la patience. Pendant une grosse semaine, ils ont tenté de forcer le destin. Dans les dernières heures, il leur faut désormais composer avec lui.


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