SA COURSE EN CHIFFRES
Arrivé à 08 h 08
Temps de course : 8 jours 19 heures 07 minutes et 59 secondes
Écart avec le premier : 5 h 02 min
Trajet parcouru : 33303, 31 milles
Vitesse moyenne : 15,6 nœuds
SA COURSE EN BREF
Elle avait hâte de s’élancer dans ce challenge, inédit et attrayant, que représentait la Vendée Arctique. « Franchement c’est ouf, personne n’est déjà allé aussi loin au nord en IMOCA » confiait-elle. L’enthousiasme n’empêchait pas l’envie d’en découdre et la jeune femme avait hâte de se mesurer aux autres et de ne rien s’interdire. Ça tombe bien : aux avant-postes dès les premiers milles, elle parvient à tenir la cadence infernale imposée par Sam Goodchild.
Après l’abandon de Corentin Horeau (MACSF), Élodie est devenue première poursuivante, un statut qu’elle a conservé une grande partie de la course. Rien n’a été facile, à l’instar de cette fin de course où elle a écopé d’une pénalité pour avoir traversé un DST. « Quand j’ai appris la sanction, je suis tombée de très haut », reconnaissait Élodie, parlant d’un « mélange d’incompréhension, de frustration et de colère ». Elle a dû observer 12 heures de pénalité et a donc été dépassée sur le final par Ambrogio Beccaria, le vainqueur, puis Violette Dorange.
Malgré la frustration légitime, Élodie poursuit sa montée en puissance en IMOCA. Ce nouveau podium s’ajoute à ceux qu’elle a déjà signés à la Course des caps (2e) et la Rolex Fastnet Race (1re). Surtout, c’est la première fois qu’elle termine dans le « top 3 » d’une course en solitaire et en IMOCA. Une expérience précieuse à tout point de vue avant de se projeter sur l’avenir.
Sa réaction à chaud
« C'est une arrivée très particulière. Je suis extrêmement contente de la course que j'ai réalisée, mais terminer sur un épisode aussi atypique, c'est forcément difficile à digérer. Ces douze heures de pénalité, et donc d’arrêt, m'ont complètement sortie de ma course. Toute la tension accumulée pendant huit jours est retombée d'un coup. J'étais épuisée. Je m'endormais, je me réveillais, j'avais l'impression d'être dans une sorte de mauvais rêve. Honnêtement, je ne me souviens même pas de ces douze heures avec beaucoup de précision tellement j'étais sonnée. Quand j'ai pu repartir, il a fallu remettre la machine en route. Je me suis raccrochée à un nouvel objectif : revenir sur Francesca (Clapcich). J'avais besoin de terminer sur quelque chose de positif. Parce qu'au final, même après une belle course, ce sont souvent les derniers moments qui donnent la couleur du souvenir que l'on emporte à terre. J'avais énormément de frustration en moi. Alors réussir à gagner cette dernière petite bataille me fait quand même plaisir. Au-delà de cet épisode, je crois sincèrement que c'est la course la plus intense que j'aie jamais disputée. On a tout connu en huit jours : du vent, de la pétole, de la mer, du froid, des moments magnifiques et d'autres beaucoup plus exigeants. Le rythme n'a jamais ralenti. J'ai eu l'impression de manœuvrer mon IMOCA comme un petit bateau tant les changements de voiles et les ajustements se sont enchaînés. Et pourtant, je me suis sentie incroyablement bien à bord. Même dans les moments les plus engagés, même lorsque ça tapait très fort, j'avais le sourire. J'avais confiance dans mon bateau. Les quelques soucis rencontrés n'étaient que de la petite bobologie. Je savais que je pouvais pousser. Ça allait vite, ça volait, et je prenais énormément de plaisir. Quand je repense à tout ce que nous avons vécu, j'ai surtout le sentiment d'avoir participé à une aventure incroyable. Naviguer aussi loin au nord, apercevoir l'Islande, franchir le cercle polaire arctique... ce sont des souvenirs qui resteront longtemps. J'ai même versé une petite larme en découvrant les sommets enneigés islandais.
Il y a eu beaucoup d'émotions pendant cette course. Tout était vécu avec une intensité incroyable. Les paysages ont également énormément compté. Nous avons longé des côtes magnifiques à l'aller comme au retour. Le passage dans le chenal entre l'Irlande et l'Angleterre restera un très beau souvenir. Concernant l'incident, j'ai commis une erreur de lecture des instructions de course. J'étais persuadée que ce DST n'était pas concerné par les interdictions figurant dans les annexes. J'étais tellement convaincue de mon interprétation que je n'ai jamais imaginé être en infraction.
Quand j'ai reçu la réclamation, je suis tombée de très haut. Je reconnais complètement mon erreur de préparation. En revanche, je ne m'attendais absolument pas à une telle décision. Quand j'ai découvert les douze heures, cela a été un choc immense. J'ai passé énormément de temps à relire les règles, les instructions de course et tous les documents possibles pour essayer de comprendre. Le plus difficile n'a pas seulement été l'arrêt lui-même. C'est aussi d'avoir regardé de loin la bataille finale à laquelle j'aurais aimé participer. Quand j'ai vu que j'étais revenue au niveau des autres avant de devoir m'arrêter, ça a été très dur à accepter. J'avais vraiment l'impression qu'une belle explication sportive m'échappait au dernier moment. Mais avec un peu de recul, je retiens surtout le positif. J'ai passé une grande partie de la course dans le groupe de tête, souvent en deuxième position.
C'est probablement encore mieux que ce que j'espérais au départ. J'ai énormément appris, le bateau revient en excellent état, et je sais que cette course va compter dans ma préparation au Vendée Globe. Je dois aussi beaucoup à Charlie Dalin. Sans lui, je n'aurais pas eu la chance de naviguer sur un bateau aussi performant, aussi sain et aussi agréable à mener. J'ai souvent pensé à lui pendant cette semaine. Cette Vendée Arctique a parfois ressemblé à une immense machine à laver. Je l'appelais l'essoreuse à 1 400 tours. Il fallait s'accrocher en permanence, économiser son énergie, accepter l'inconfort et continuer malgré tout. Curieusement, j'ai adoré ça. Je crois même que j'aime quand c'est dur. Et au fond, c'est sans doute pour cela que, malgré tout, je garde un souvenir extraordinaire de cette course. La frustration est encore là aujourd'hui, forcément. Mais elle finira par passer. Et si je dois retenir une chose, c'est que cette course m'a donné encore plus envie de revenir me battre devant. »