En cette fin de matinée, il continue de flotter et de claquer dans le vent, indifférent à l'écho des haubans et aux haut-parleurs de la Vendée Arctique. Ce pavillon noir, hissé à bord de MACIF Santé Prévoyance, semble remplir l'espace. Et parce que le ciel a décidé aussi d'être dans la retenue ce matin, bas, blanc et grisonnant, tout semble si fade. Le constat est palpable partout : les façades de la Chaume sont ternes, les oriflammes du ponton aussi et même les coques des bateaux n'ont plus l'éclat qu'on leur connaît. Il ne reste donc que lui, que ce grand tissu noir qui flotte et qui claque à n'en plus finir.
Entre retenue et émotions
On n'entendait presque que lui, déjà, quand l'IMOCA MACIF Santé Prévoyance s'est engouffré dans le chenal vers 7 h 30. Sam Goodchild s'est certes plié aux gestes de circonstance - sortir, saluer la foule - mais le public avait bien compris que le cœur n'y était pas. Ces derniers jours, il avait résisté à la tristesse en moulinant, en enchaînant les manœuvres, en focalisant son esprit sur cette machine que Charlie avait longuement façonnée.
En retrouvant la terre, Sam et les marins de la Vendée Arctique savaient qu'ils devraient affronter la dureté des émotions suscitées par la disparition de Charlie. À deux reprises dans une interview revenant sur sa course, Ambrogio Beccaria, le vainqueur de la Vendée Arctique 2026, reconnaît qu'il "y a bien plus grave". Autour du chenal et sur les pontons, Charlie est partout, dans les bouts de phrases, les regards parfois embués, les silences aussi. Un temps suspendu, presque figé, la certitude que cette remontée du chenal, cette arrivée sur les pontons, ne ressembleraient à aucune autre.