Toutes les actualités

« Hâte de voir comment tout cela va se terminer »

PAROLES DE MARINS. Les Sables d'Olonne se rapprochent, mais personne ne semble encore en mesure de dire précisément comment cette Vendée Arctique se terminera. À quelques heures de l'arrivée, la vaste zone de molle installée dans le golfe de Gascogne continue d'entretenir toutes les incertitudes. Derrière Sam Goodchild (MACIF Santé Prévoyance), la bataille fait rage pour les places d'honneur tandis que la fatigue accumulée depuis plus d'une semaine de course commence à peser lourd. Entre stratégies de marquage, gestion de la lucidité et derniers paris météo, chacun tente de conserver un coup d'avance. À la vacation du jour, Violette Dorange (Initiatives-Cœur), Ambrogio Beccaria (Allagrande Mapei) et Nico d'Estais (Café Joyeux) ont raconté une fin de parcours où rien ne semble encore totalement écrit.

Violette Dorange (Initiatives-Coeur)

Violette Dorange (Initiatives-Cœur) :« Franchement, cette fin de course est géniale. Je crois que c'est la première journée depuis le départ où l'on n'a pas quinze mille manœuvres à enchaîner. C'est beaucoup plus apaisant. La mer est plate, le bateau glisse entre 15 et 20 nœuds et, pour une fois, on peut presque souffler un peu. Et puis stratégiquement, il se passe énormément de choses. Ambrogio (Beccaria) est juste devant moi, Élodie (Bonafous) doit encore gérer sa pénalité, Sam (Goodchild) se retrouve ralenti par la molle alors qu'il avait creusé un écart énorme... Il y a plein de scénarios possibles et j'ai vraiment hâte de voir comment tout cela va se terminer. Ce qui est assez incroyable, c'est qu'après huit jours de course, des écarts importants et des options parfois très différentes, on pourrait finalement arriver quasiment groupés. Ça promet un beau match jusqu'au bout. À bord, ça nous donne une énergie supplémentaire. Quand les concurrents sont aussi proches, on a envie de tout donner en permanence. Ambrogio est tout près. Je ne le vois pas encore, mais on n'en est pas loin. Je trouve ça vraiment stimulant. La lucidité va aussi être un facteur important sur cette fin de parcours. Généralement, dans les dernières heures d'une course, on dort très peu. On est excité par l'arrivée, concentré sur les concurrents et c'est souvent à ce moment-là que l'on peut commettre des petites erreurs. Je vais essayer d'être vigilante là-dessus. Heureusement, j'ai réussi à faire pas mal de siestes cette nuit et à récupérer une partie de la fatigue accumulée ces derniers jours. Je me sens plutôt en forme. Concernant le classement, c'est vrai que la situation est assez folle. Avec la pénalité d'Élodie, la bataille pour le podium est complètement relancée. Pour la victoire, j'imagine quand même que Sam a suffisamment d'avance pour rester devant, mais avec cette météo, il vaut mieux rester prudent. Pour Élodie, beaucoup dépendra aussi du moment où elle choisira d'effectuer sa pénalité. Il y a forcément une part de stratégie dans ce genre de décision. De mon côté, je navigue pratiquement au contact d'Ambrogio depuis le cercle polaire arctique. J'espère que cela va continuer jusqu'à l'arrivée et que je réussirai à tenir le rythme, voire à aller un peu plus vite. J'ai toujours mon handicap avec cette voile (le Masthead) qui me manque, donc je suis surtout très heureuse d'être restée dans le match. Honnêtement, je pensais perdre davantage de terrain, voire voir Francesca (Clapcich) revenir sur moi. Finalement, ce n'est pas le cas. Alors je reste concentrée sur les réglages et je vais continuer à pousser jusqu'au bout. »

Ambiance à bord de l'Imoca April Marine - Recherche Co-Partenaire, skippé par Arnaud Boissières lors de la Vendée Arctique 2026 - en mer le 08/06/2026
Ambiance à bord de l'Imoca April Marine - Recherche Co-Partenaire, skippé par Arnaud Boissières lors de la Vendée Arctique 2026 - en mer le 08/06/2026

Ambrogio Beccaria (Allagrande Mapei) : « Cette nuit, le vent était déjà très instable, mais aujourd'hui c'est encore pire. Cela dit, ça commence à sentir la terre. Il fait plus chaud, même si une ambiance un peu grise s'est installée. On sent que l'on se rapproche de la maison. Le scénario météo est vraiment intéressant. Pour Sam (Goodchild), ce n'est pas forcément le plus agréable puisqu'il se retrouve coincé devant dans la molle. Mais même s'il passe plusieurs heures quasiment arrêté, je pense qu'il a encore suffisamment d'avance pour conserver la première place. Moi, honnêtement, je regarde davantage derrière que devant. Je sais que ceux qui sont devant vont toucher la zone sans vent avant nous. Mon sujet, c'est surtout Violette (Dorange). On se bagarre depuis un bon moment maintenant. Le marquage, c'est toujours facile à évoquer mais beaucoup plus compliqué à appliquer. Est-ce qu'il faut suivre son adversaire ou continuer à jouer sa propre course ? Si tu marques trop, tu peux aussi passer à côté d'une opportunité. Et ce n'est pas forcément mon point fort ! Je préfère généralement construire ma propre stratégie. Avec la pénalité d'Élodie (Bonafous), la deuxième place semble effectivement se jouer entre Violette et moi. Cela dit, il reste encore du chemin et une quinzaine de milles nous sépare. Il faut rester concentré et continuer à bien naviguer. À un moment, autour de l'Irlande, j'avais plus de soixante milles d'avance. Puis Violette est revenue très fort et depuis, nous restons au contact. Au près, elle a été extrêmement impressionnante. La fatigue commence aussi à peser. Les manœuvres sont moins fluides qu'au début de la course et il faut économiser son énergie partout où c'est possible. Cette nuit, j'ai eu du mal à rester vraiment lucide malgré quelques siestes. C'est probablement l'un des grands enjeux de cette fin de parcours : conserver suffisamment de fraîcheur pour bien gérer les dernières transitions météo. Pour l'arrivée, mes routages me donnent quelque chose comme 22 ou 23 heures. Mais honnêtement, j'ai l'impression que nous allons finir beaucoup plus groupés que prévu. C'est un peu comme un balai qui pousse toute la flotte. Ceux qui sont derrière avancent vite jusqu'à rejoindre la même zone sans vent que les premiers. Au final, tout le monde se retrouve comprimé au même endroit. C'est assez drôle quand on y pense. Nous avons passé des jours à réfléchir aux options autour de l'Irlande, aux détours, aux trajectoires, aux gains et aux pertes de milles... et il est possible qu'une bonne partie du match se rejoue dans les dernières heures. Mais c'est aussi ce qui rend ce scénario passionnant. Il faut continuer à réfléchir, à bien se positionner et à accepter que les fichiers météo ne racontent pas encore toute l'histoire. Moi, en tout cas, j'ai hâte d'arriver, de prendre une bonne douche et de vous retrouver aux Sables d'Olonne ! »

Nico d’Estais (Café Joyeux) : « Franchement, cette nuit a été compliquée. J’ai vécu vingt-quatre heures assez intenses. J’étais déjà sous pression avec Arnaud Boissières derrière moi et, hier, j’ai cassé une amure de voile d’avant alors que je naviguais à près de 18 nœuds. Derrière, il a fallu gérer la réparation et aller sur le bout-dehors en pleine nuit pour remettre une nouvelle amure. J’ai énormément travaillé et là, je suis carbonisé. Je crois que ça fait près de trente heures que je n’ai pas dormi. Ma seule envie maintenant, c’est que le vent rentre franchement pour pouvoir régler les voiles et aller faire quelques siestes. Le vent est justement en train de revenir. Mon vrai objectif, c’est désormais d’atteindre le Fastnet. D’ici là, il reste encore beaucoup de transitions, de petits airs et de manœuvres. Ce n’est pas la partie la plus simple. Mais une fois le Fastnet derrière moi, je devrais toucher un flux de sud-ouest plus établi. Le vent va adonner, on sera au travers, avec une mer plutôt plate. Sur le papier, ça s’annonce quand même beaucoup plus agréable. Je continue aussi à garder un œil sur Cali. Il a un bateau qui avance bien et je sais qu’il ne faut rien lâcher. Jusqu’à hier soir, j’avais réussi à creuser un peu l’écart, mais cette nuit, avec tous mes soucis, il a probablement dû me reprendre du terrain. À un moment, j’ai même passé près d’une heure à faire quasiment marche arrière à cause du courant contraire. Finalement, je me rends compte à quel point cette course ressemble à un mini Vendée Globe. Il y a des galères, évidemment, mais elles font partie du jeu. Sur le moment, ça ne fait jamais plaisir, mais j’aime résoudre ces problèmes. C’est comme ça qu’on apprend. C’est comme ça qu’on forge le caractère nécessaire pour envisager un jour un tour du monde. Je pense sincèrement que ça fait partie de l’apprentissage. Et puis, si j’arrive à garder Cali derrière moi jusqu’au bout, ce sera déjà une belle victoire personnelle. Il a quand même cinq Vendée Globe à son actif, le jeune garçon ! C’est plutôt motivant de pouvoir se mesurer à des marins comme lui. »


Partager cet article

Dernières actualités