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« La molle pourrait relancer beaucoup de choses »

PAROLES DE MARINS. Toute la flotte navigue désormais sur la route retour. Cette nuit, Manu Cousin (Coup de Pouce) a franchi à son tour le cercle polaire arctique, refermant symboliquement le chapitre du Grand Nord. Mais si les caps convergent désormais vers Les Sables d'Olonne, les trajectoires, elles, n'ont jamais semblé aussi différentes. Entre fatigue accumulée, choix stratégiques autour de l'Irlande et arrivée rendue particulièrement incertaine par la météo annoncée dans le golfe de Gascogne, chacun poursuit sa propre aventure. À la vacation du jour, Manu Cousin (Coup de Pouce), Violette Dorange (Initiatives Cœur) et Francesca Clapcich (11th Hour Racing) sont revenus sur les dernières heures de course et sur une fin de parcours qui pourrait encore réserver quelques surprises.

Francesca Clapcich - 11th Hour Racing
© Francesca Clapcich - 11th Hour Racing

Manu Cousin (Coup de Pouce) : « Franchir le cercle polaire arctique, c'est une bonne chose de faite. Je l'attendais depuis un moment. La montée n'a pas été simple. Je n'ai pas tout raconté, mais on a connu pas mal de péripéties techniques. On s'y attendait un peu parce que le bateau a été remis à l'eau tard et que nous avons énormément travaillé dessus cet hiver. Cette Vendée Arctique, c'était en quelque sorte notre essai grandeur nature. Même quand on sait que ça va arriver, ce n'est jamais facile à vivre, surtout quand on voit les copains filer devant alors qu'on sent que le bateau a du potentiel. Mais l'essentiel est ailleurs. Je veux absolument terminer cette course. On est toujours là, toujours en mer, et on a vu ces derniers jours qu'il existe des choses bien plus importantes que quelques soucis techniques. Ceux-là finiront par passer. L'objectif, c'est de rentrer, de marquer les points qu'il y a à prendre pour la suite et de continuer à apprendre. Dans la carrière d'un marin, franchir le 66e parallèle nord, ce n'est pas rien. Et puis ça rafraîchit les doigts de pied ! Ce qui est assez drôle, c'est la vitesse à laquelle l'environnement change. On me dit qu'il fait très chaud aux Sables d'Olonne alors qu'ici, on navigue dans 5 ou 6 degrés. Il y a quelque chose qui rappelle le Grand Sud. Ce n'est pas tout à fait la même chose, il manque les très grandes houles du large, mais on retrouve quand même une atmosphère particulière. Je suis fier d'être arrivé jusque-là et je pense que toute l'équipe peut l'être aussi. On parle beaucoup des problèmes rencontrés, mais on oublie parfois tout ce qui a été accompli pour être au départ de cette course. Et dans l'ensemble, je suis ravi : tout ce que nous avons profondément modifié sur le bateau fonctionne bien. Il y aura des ajustements à faire, bien sûr, et à ce niveau-là on les paie cash. Mais c'est normal. Nous n'avions pas beaucoup navigué dans ces conditions et rien ne remplace une navigation dans le Grand Nord pour apprendre. Je garde aussi en mémoire ce beau départ à la bagarre avec Élodie Bonafous. Ce n'est pas forcément dans mes habitudes, mais se retrouver bord à bord quasiment au top de la ligne, c'était une belle image. Pour la suite, mon objectif est simple : rentrer le bateau dans l'état où il est aujourd'hui, sans autre pépin. Si la montée a été compliquée, j'aimerais bien que Neptune me laisse un peu tranquille sur la descente ! Je vais évidemment essayer d'aller le plus vite possible, mais aujourd'hui l'essentiel est de terminer. Mes routages me font arriver dans la nuit de vendredi à samedi ou samedi matin. On verra. Dans une semaine, avec les conditions annoncées, on peut très vite gagner ou perdre une journée. »

Violette Dorange (Initiatives Cœur) : « Je longe actuellement la côte irlandaise. Le vent est très instable parce qu'il vient de la terre. On passe de zéro nœud à plus de vingt nœuds en quelques minutes. Là, je suis en train de contourner la dernière pointe de l'Irlande. Ensuite, ce sera du près quasiment tout droit vers le sud, avec beaucoup moins de manœuvres. J'ai hâte d'y être ! C'est vrai que la situation sur la fin de parcours pourrait devenir intéressante. Si la molle annoncée se confirme, elle pourrait redistribuer pas mal de choses. Évidemment, c'est un scénario qui me plaît plutôt. Quand j'ai choisi de passer à l'ouest de l'Irlande, je savais que j'allais perdre du terrain par rapport à la route intérieure. À un moment, les routages montraient presque une journée d'écart entre les deux options. Mais honnêtement, je ne me voyais pas aller chercher le canal du Nord et le DST dans trente nœuds de vent et de la houle, surtout après la casse que j'avais déjà subie au près. J'ai préféré faire le tour en sachant que j'allais céder des milles. Aujourd'hui, il se pourrait que l'addition soit un peu moins lourde que prévu. Si la flotte se regroupe à l'approche des Sables d'Olonne, ce serait génial. Avec Ambrogio, les écarts restent faibles et même avec Élodie, ce n'est pas énorme. Si la molle décide de s'en mêler, cela pourrait relancer beaucoup de choses. Après, je ne me fais pas trop de films. Même en ayant choisi l'extérieur, j'ai tout donné dans chaque manœuvre. J'ai aussi le handicap de la perte de mon MH0 et, dans le petit temps annoncé, ce ne sera pas un avantage. On verra bien. Mais c'est vrai que si la course peut encore se rejouer un peu, ça me rendrait très heureuse. Depuis le contournement de l'Irlande, je suis tellement occupée par les manœuvres et les passages près des cailloux que je n'ai même pas eu le temps de regarder précisément ce que font les autres. En revanche, mes propres routages sont plutôt encourageants. Au début, ils nous promettaient beaucoup plus de molle. Aujourd'hui, la situation paraît un peu plus claire, ce qui est plutôt une bonne nouvelle. »

Francesca Clapchich (11th Hour Racing) : « La nuit a été plutôt agréable le long de la côte ouest de l'Irlande. J'ai bénéficié d'un vent assez stable, autour de 18 à 20 nœuds, dans des conditions de reaching idéales sous J2. Le bateau avançait vite sans être difficile à gérer, ce qui m'a permis de récupérer un peu. J'étais vraiment fatiguée et j'ai enfin réussi à dormir davantage. Ça m'a fait beaucoup de bien. J'ai choisi de rester un peu plus au large plutôt que de me rapprocher de la côte. J'avais peur de manquer de vent sous l'effet des reliefs et je préférais conserver une pression plus régulière. Pour l'instant, je suis plutôt satisfaite de cette décision. Au départ, mon intention était pourtant de passer à l'intérieur de l'Irlande, par le canal du Nord. Mais j'ai pris du retard dans mon approche et, à un moment, il est devenu évident que le rapport entre le risque et le gain n'était plus intéressant. Si j'arrivais trop tard dans le canal, je risquais de me retrouver sans vent après avoir pris tous les risques pour y entrer. J'ai fini par accepter que ce plan ne fonctionnerait pas et j'ai choisi de basculer vers l'ouest. Ce n'est jamais idéal de changer de stratégie en cours de route. On perd toujours un peu de terrain lorsqu'on abandonne le scénario imaginé au départ. Mais je pense sincèrement que c'était la bonne décision. Faire preuve de souplesse fait aussi partie du jeu. La suite me plaît plutôt. Il reste beaucoup d'opportunités. Je suis à l'arrière de ce groupe de tête et, dans une certaine mesure, je n'ai pas grand-chose à perdre. Quand les conditions deviennent instables et compliquées à lire, c'est souvent là que l'on peut gagner le plus. Si nous avions simplement 36 ou 48 heures de ligne droite jusqu'à l'arrivée, la course serait probablement déjà jouée. Là, il reste encore beaucoup à faire et je pense que ce sera passionnant jusqu'à la ligne. Concernant la stratégie, je préfère continuer à suivre mes propres idées plutôt que de regarder en permanence ce que font les autres. Bien sûr, j'observe leurs trajectoires, mais si l'on passe son temps à suivre les concurrents, on finit souvent par reproduire leurs choix. Avec une situation météo aussi instable, je préfère analyser les nouveaux fichiers au fur et à mesure et construire ma propre lecture de la course. Je me sens bien. Fatiguée, évidemment, mais bien. À chaque occasion de dormir ou de récupérer, j'essaie d'en profiter. C'est la plus longue navigation en solitaire de toute ma vie. Je n'ai finalement que peu d'expérience dans ce format et passer plus d'une semaine seule en mer représente une étape très importante pour moi. C'est un jalon précieux dans ma préparation de la Route du Rhum et, plus loin encore, du Vendée Globe. »

Ambiance à bord de l'Imoca Coup de Pouce, skippé par Manuel Cousin lors de la Vendée Arctique 2026 – en mer le 08/06/2026
Ambiance à bord de l'Imoca Coup de Pouce, skippé par Manuel Cousin lors de la Vendée Arctique 2026 – en mer le 08/06/2026

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