Reprendre des points de vie
Pendant plus de 24 heures, les IMOCA ont offert à leurs skippers un véritable stage accéléré de résistance physique. À bord, tout volait, tout cognait, tout demandait de l'énergie. « Le vent fort et la mer, c'était compliqué. Mais c'est surtout le cumul des deux qui rendait les choses difficiles », a raconté Elodie Bonafous (Association Petits Princes – Quéguiner), qui a une nouvelle fois su maintenir un rythme élevé dans cette séquence exigeante et occupe ce mercredi matin la deuxième place de la course, à une cinquantaine de milles de Sam Goodchild (MACIF Santé Prévoyance). « Les déplacements étaient délicats. À chaque gros choc, il fallait faire attention à ne pas se blesser. Tout ce qui n'était pas parfaitement rangé valdinguait dans le bateau. Tu passais ton temps à ramper pour récupérer tes affaires. C'était épuisant, parce qu'au final tu restais crispée du matin au soir, physiquement comme mentalement. » Même constat chez Arnaud Boissières (APRIL Marine – recherche co-partenaires), qui a fini, lui aussi, par enfiler un casque pour limiter les risques. « Ça tapait beaucoup. Avec la fatigue et les vagues, j'avais peur de me faire mal. » Nicolas d'Estais (Café Joyeux), lui, a dû composer avec un autre adversaire : le mal de mer. « J'ai été très malade. Je n'arrivais plus à m'alimenter. Ça fait plus de deux jours qu'on est partis et je n'ai toujours pas mangé de plat chaud. » Heureusement, la parenthèse semble refermée. « Maintenant, la mer s'est nettement assagie, on a 13 nœuds de vent et le bateau glisse avec une douceur incroyable », a souri Elodie. « Ça permet enfin de dormir et de récupérer des points de vie. » L'image fait mouche. Comme dans un jeu vidéo, les compteurs remontent progressivement. Les siestes s'enchaînent. Les organismes récupèrent. Et les sourires reviennent.
Le Grand Nord se rapproche à toute vitesse
Ce retour au calme ne signifie pas pour autant que la progression ralentit. Bien au contraire. À peine plus de deux jours après avoir quitté la Vendée, les leaders naviguent déjà à hauteur de Lewis et Harris, principale île de l'archipel des Hébrides extérieures écossaises. Bientôt, ils devraient déborder les îles Féroé en les laissant dans leur ouest avant de poursuivre leur remontée vers le cercle polaire. Pour l'heure, tous les regards convergent vers un même objectif : déterminer le meilleur point de passage. Car derrière cette simple ligne de latitude se cache un véritable casse-tête stratégique. Et pour cause, la route la plus rapide pour atteindre 66° Nord n'est pas forcément celle qui permettra de relancer efficacement la descente vers Les Sables d'Olonne. Une chose est toutefois désormais acquise : l'option d'un passage à l'ouest de l'Islande appartient au passé. « Cette possibilité, c'est de l'ancien temps », a résumé avec humour Elodie Bonafous. « Ce n'est clairement plus une option. » Pour qu'elle devienne réellement pertinente, il aurait fallu qu'une dépression plus creuse et plus basse en latitude s'installe durablement. Ce scénario ne s'est jamais véritablement matérialisé. À cela s'ajoutent les zones de protection des baleines à l'ouest du pays des glaciers et des volcans. Au final, les conditions nécessaires à cette option n'ont jamais été réunies. La flotte poursuit donc sa route vers le nord dans un flux d'ouest à sud-ouest favorable, avant de récupérer un vent plus soutenu généré par une dépression relativement stationnaire, un schéma assez classique dans cette région du globe. Reste une inconnue majeure : la position exacte de cette zone de basse pression atmosphérique dans les prochaines heures. C'est elle qui déterminera en grande partie le point de passage idéal du cercle polaire. Le but du jeu consiste à conserver des vents portants le plus longtemps possible afin d'éviter les vents contraires situés à l'ouest du système. Mais plus les marins s'écartent vers l'est pour sécuriser leurs angles de vent, plus ils rallongent leur route. Un compromis subtil qu'il faudra encore affiner avant de trancher. « Je me laisse encore une belle marge de manœuvre », a expliqué la skipper d’Association Petits Princes - Quéguiner. « J'ai encore le temps de regarder avant d'y arriver. »