SA COURSE EN CHIFFRES
Arrivée à 20h17'22
Temps de course : 10 jours 07 heures 15 minutes et 22 secondes
Ecart au premier : 1 jour 17 heures 09 minutes et 32 secondes
Ecart au précédent : 1 jour 10 heures 44 minutes et 11 secondes
Trajet parcouru : 3062,73 milles
Vitesse moyenne : 12,4 nœuds
SA COURSE EN BREF
Pour sa première saison en IMOCA, difficile d'imaginer terrain d'apprentissage plus exigeant. En mettant le cap vers le cercle polaire arctique, Nico d’Estais s'apprêtait à découvrir un univers totalement nouveau : celui du Grand Nord, de ses longues journées sans nuit, de ses dépressions successives et de ses mers parfois rugueuses. Une aventure à la hauteur des ambitions qui accompagnent son projet Vendée Globe.
Seul bateau à dérives d'une flotte composée exclusivement de foilers, le skipper de Café Joyeux savait qu'il lui faudrait trouver d'autres leviers pour rester dans le match. Son arme principale ? La qualité de sa navigation. Tout au long du parcours, il s'est appliqué à construire une course propre, cohérente et sans excès. Souvent fidèle à la route la plus directe, il a cherché à exploiter chaque opportunité sans jamais perdre de vue l'essentiel : faire avancer son bateau du mieux possible, le plus longtemps possible.
Cette approche lui a permis de rester compétitif dans de nombreuses phases de course et de démontrer qu'il savait tirer le maximum de sa monture. Dans les transitions météo comme dans les conditions plus engagées, il a constamment navigué avec justesse et engagement, sans jamais renoncer à attaquer.
Comme les sept autres marins ayant bouclé cette édition, il a franchi le cercle polaire arctique et participé à une première historique pour la classe IMOCA. Un moment hautement symbolique qu'il a savouré avec l'enthousiasme qui le caractérise.
Car cette Vendée Arctique lui laissera aussi le souvenir d'un voyage. Les lumières du Nord, les côtes irlandaises, les paysages aperçus aux abords de l'Islande, les longues journées passées au contact d'une nature aussi sauvage que fascinante : autant d'images qui ont nourri cette expérience au-delà de la seule dimension sportive. Même dans les moments les plus intenses, le plaisir de naviguer n'a jamais disparu.
Sur le plan sportif, cette épreuve marque également un tournant. Au fil des jours, Nico a découvert qu'il était capable de gérer des situations qu'il n'avait encore jamais rencontrées à bord de son monocoque de 60 pieds. Fatigue accumulée, météo exigeante, incidents à résoudre, conditions humides : autant de séquences qui ont enrichi son expérience et renforcé sa confiance.
Mais cette montée en puissance s'accompagne aussi d'une forme d'humilité. La course lui a rappelé combien la mer et ces bateaux restent capables de surprendre, même lorsque tout semble sous contrôle. Un apprentissage précieux pour celui qui considère cette Vendée Arctique comme une marche particulièrement importante dans son escalier vers le Vendée Globe.
Sixième à l'arrivée, Nico d’Estais repart des Sables d’Olonne avec bien davantage qu'un classement. Il emporte avec lui une expérience considérable, des repères solides, une confiance renforcée dans son projet et la certitude d'avoir franchi un cap important. Une étape fondatrice dans la construction de son aventure en IMOCA.
SES PREMIERS MOTS
« Cette Vendée Arctique, c’était vraiment une aventure avec un grand A. On est allé dans des endroits très éloignés, loin de tout. Quand quelque chose casse là-haut, on sait que l’on ne peut compter que sur soi-même. Mais en même temps, cela reste une course. J’ai beaucoup donné, j’ai vraiment réussi à placer le curseur de l’engagement assez haut et je suis content d’avoir réussi à concilier ces deux dimensions : l’aventure et la performance.
J’en ressors avec énormément de confiance pour la suite du projet, parce que c’est probablement ce qui se rapproche le plus d’une préparation au Vendée Globe. Mais cette confiance s’accompagne aussi d’une grande humilité. Il y a eu des moments où je me suis senti tout petit face aux éléments. Parfois, on comprend vite que l’on ne maîtrise pas tout. Cette course m’a rappelé à quel point l’océan reste plus fort que nous.
Le bateau, lui, a été incroyable. J’ai la conviction qu’il peut m’emmener au bout du monde. D’ailleurs, j’ai déjà l’impression qu’il m’a conduit dans une forme de bout du monde. C’est un bateau qui a déjà énormément vécu, qui a fait plusieurs tours du monde avant moi. On sent son expérience, sa robustesse. Il ne m’a quasiment jamais déçu. On s’est juste un peu fâchés une fois lorsque le safran s’est relevé dans une trentaine de nœuds de vent. Je me suis retrouvé couché pendant une bonne vingtaine de minutes à essayer de remettre tout ça en ordre. Après, nous avons fait la paix et tout s’est très bien passé !
Le passage du cercle polaire restera forcément un souvenir fort. Là-haut, il faisait un froid humide qui vous pénètre jusqu’aux os. Je me suis même réveillé d’une sieste parce que j’avais froid à l’intérieur du bateau. Il y avait très peu de visibilité. Au moment où j’ai franchi la latitude 66° Nord, j’avais vraiment l’impression d’être au bout du monde. Ce sont des images et des sensations que je vais garder très longtemps.
Sportivement, je savais que les bateaux de devant avaient un potentiel supérieur au mien. En revanche, je pensais avoir quelque chose à jouer face à Arnaud ou Manu. J’ai un bateau très robuste, dans lequel j’ai confiance, et je savais que si je parvenais à trouver le bon niveau d’engagement et à faire les bons choix météo, il y avait un coup à jouer. J’ai beaucoup réfléchi à la table à cartes. La trajectoire qui m’a permis de dépasser Arnaud dans la montée vers le nord était quelque chose que j’avais imaginé avant même le départ. Quand j’ai vu que le scénario devenait possible, je l’ai conservé dans un coin de ma tête et cela a fini par fonctionner. J’ai eu le sentiment de naviguer exactement comme je le souhaitais.
Aujourd’hui, ce qui domine, c’est un immense sentiment d’accomplissement. Je suis fier d’avoir emmené Café Joyeux jusque-là, fier du travail accompli par toute l’équipe et très heureux d’être allé au bout de cette aventure. Parmi toutes les courses que j’ai disputées, c’est probablement celle que j’ai le plus aimée. Parce qu’elle ressemble davantage au Vendée Globe que toutes les autres. On quitte les scénarios habituels. On repart presque d’une feuille blanche. Il faut construire sa route, composer avec les dépressions, accepter l’inconnu. L’aventure reste très présente et c’est précisément ce qui m’a plu. »