Une arrivée impossible à dater
Les ETA n'en finissent plus de glisser. Vendredi encore, Sam Goodchild semblait en mesure de rallier Les Sables d'Olonne dès les premières heures de lundi. Désormais, les premiers concurrents sont plutôt attendus dans la nuit du 15 au 16 juin. Une estimation qui relève cependant davantage de la tendance que de la prévision. À ce stade, mieux vaut la consulter comme un horoscope que la graver dans le marbre. Et pour cause, à mesure que la flotte se rapproche de la Vendée, l'horizon temporel semble paradoxalement devenir plus flou. La faute à cette fameuse zone de vents faibles annoncée dans le golfe de Gascogne, capable à elle seule de bouleverser les équilibres dans les derniers milles. Dans un tel contexte, un ou deux nœuds de pression supplémentaires ou manquants suffisent à changer complètement la donne. Les routages racontent désormais des histoires très différentes. Certains ne voient plus qu'une ou deux heures entre Sam Goodchild et Élodie Bonafous, guère davantage avec Ambrogio Beccaria, Violette Dorange et Francesca Clapcich. D'autres dessinent des scénarios beaucoup plus étirés. Tous convergent néanmoins vers la même conclusion : personne ne semble aujourd'hui en mesure d'affiner sérieusement l'heure du dénouement. Élodie Bonafous en est parfaitement consciente. « Tout dépendra de notre timing. Si on parvient à passer avant la molle, tant mieux. Si elle nous rattrape, les écarts pourraient se resserrer. » Avant d'ajouter avec le sourire : « Dans un monde idéal, elle ralentirait les bateaux de devant sans me ralentir moi ! Mais ça ne fonctionne jamais comme ça alors mon objectif est surtout de continuer à me reposer et à rester lucide. J'ai le sentiment que cette course va beaucoup se jouer sur la fin. »
La confiance et l'humilité
Cette difficulté à lire la course, Nico d'Estais (Café Joyeux) la résume peut-être mieux que personne. Après plusieurs jours engagés dans les hautes latitudes, une voile déchirée, un safran récalcitrant qui lui a joué un sale tour hier au large de Féroé et des conditions particulièrement exigeantes, le skipper a tiré une conclusion qui dépasse largement sa propre aventure : « La course au large apprend simultanément la confiance en soi et l'humilité. » La formule résonne particulièrement dans le contexte actuel. Confiance pour croire à son analyse, assumer ses décisions et s'y tenir. Humilité pour accepter qu'une bulle sans vent, une transition météorologique ou un détail en apparence anodin puissent remettre en question des heures de réflexion. À bord de Café Joyeux, l'émerveillement n'a pourtant pas disparu. Bien au contraire. « J'ai rallumé mes feux de navigation pour la première fois depuis quatre jours et ça m'a fait quelque chose. C'est le premier moment où je me suis dit : "Tiens, on commence à se rapprocher de la maison." » Peut-être est-ce finalement la meilleure définition de cette fin de course. Tous connaissent désormais leur destination. Pour le reste, l'Atlantique garde encore quelques cartes dans sa manche.