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Charlie, merci

Charlie Dalin, skipper incroyable et palmarès de géant, nous a quittés ce jeudi matin à 42 ans, lui qui souffrait d’un cancer gastro-intestinal. Il aura marqué l’histoire de la course au large, transformant le Vendée Globe, la Vendée Arctique et New York Vendée en marqueurs saisissants de sa vie de marin.

À l'issue de son arrivée au Vendée Globe.
© Jean-Louis Carli - polaRYSE / Nefsea / SAEM Vendée

Il a fermé les yeux. C’était le mardi 14 janvier 2025 aux Sables-d’Olonne, un matin après 64 jours et 19 heures de mer. Charlie Dalin levait les bras, sur le pont de Macif d’abord, puis avec une bouteille de champagne, puis un trophée. Pourtant, à chaque fois, il a fermé les yeux comme pour contenir tout ce qui ne se dit pas. Charlie Dalin venait de remporter le Vendée Globe et il faudra attendre quelques mois pour apprendre qu’il était engagé dans une bataille encore plus grande, une bataille pour la vie et l’espoir. Il a fermé les yeux et a gardé pour lui ses combats les plus intimes et les plus intenses, à lutter contre un cancer décidément plus redoutable et glaçant que les pires des dépressions.

Un nom associé à la Vendée 

Ce ne sont pas seulement les membres du milieu de la voile, les passionnés du « Vendée » et tous ceux qui aiment le sport qui ont le cœur lourd aujourd’hui. Charlie Dalin était bien plus qu’un vainqueur. Il avait l’étoffe de ceux qui inspirent, de ceux qui bataillent pour susciter l’espoir. Nous sommes tous ainsi faits qu’il reste, à l’écume de la tristesse du moment, des souvenirs aussi fugaces qu’intenses. Des discussions, des attitudes, un regard, des sourires…

Charlie a écrit les plus belles pages de son histoire ici, son nom étant associé à jamais à la Vendée : victoire à la Vendée Arctique (2022), démonstration incroyable à New York Vendée (2024) et le Vendée Globe enfin. On sait qu’il a arraché quelques larmes aux suiveurs, la nuit du dénouement en 2021, quand il a franchi la ligne en premier mais a cèdé la victoire à Yannick Bestaven. On a vu sa gêne, aussi, lorsque Yannick a dit que le « trophée était un peu à lui ». On a été saisi par son recul et sa capacité à faire bonne figure, même après avoir perdu l’objectif d’une vie de marin pour une poignée d’heures.

À son arrivée au Vendée Globe.
© Jean-Louis Carli / Alea

« Je me suis fait rattraper par l’aventure »

Son nouveau cycle entre les deux derniers Vendée Globe est un modèle de gestion, aidé par une équipe qui sait, comme lui, maîtriser tous les aspects de la performance. Juin 2022, dernière Vendée Arctique, conditions exécrables : il est en tête sur la ligne dessiné la hâte à proximité de l’Islande, avec la nature comme seul décor à son exploit. Le lendemain, il nous confie, avec le sourire d’un gamin qui vient de découvrir un terrain inexploré : « je suis quelqu’un qui aime tout planifier, tout organiser, tout faire pour qu’il n’y ait pas d’imprévu ». Et il ajoute, avec de la douceur dans la voix : « je me suis fait rattraper par l’aventure ».

Autre décor, de l’autre côté de l’Atlantique. La scène se passe au printemps 2024, sur des pontons qui font face à Manhattan. La New York Vendée s’élance dans quelques jours. Charlie plaisante devant la caméra, il parle de ses vacances, une poignée de jours dans les Caraïbes dans un décor de rêve. « Je n’étais jamais parti aussi longtemps au milieu d’une saison », sourit-il. Charlie dit « vouloir profiter », transmet ce concentré de plaisir dans les mots et au large surtout. Car à la New York Vendée, il est le seul à passer un système météo complexe avant de s’imposer avec une avance conséquente sur les autres. Pourtant, chez Charlie, la course ne s’arrête pas une fois au ponton ; une autre commence, celle contre cette foutue tumeur stromale gastro-intestinale. Lutter contre vents et marées, à terre comme au large.
 

À son arrivée au Vendée Globe.
© Jean-Louis Carli - polaRYSE / Nefsea / SAEM Vendée

 Son Vendée Globe est également un modèle de maîtrise et de sang-froid. Rarement mis à défaut, audacieux parfois, gestionnaire toujours, Charlie réalise une prestation de géant. On s’amuse à se rappeler qu’il était heureux au départ d’être le premier à quitter les pontons des Sables d’Olonne pour être le premier à y revenir, 64 jours et 19 heures plus tard. On sourit à l’émotion palpable de l’arrivée, à la chanson d’Orelsan qu’il avait choisie pour réchauffer les cœurs au creux de l’hiver. 

Derrière l’ingénieur, le stratège, le génie de la météo, cette chanson disait ce qu’il est aussi : un mec simple, un père, qui est allé au bout de ses rêves et qui s’apprête à disputer une bataille bien plus dure encore. « Au fond, j’crois qu’la Terre est ronde / Pour une seule bonne raison / Après avoir fait l’tour du monde / Tout c’qu’on veut, c’est d’être à la maison ». On pense à son fils, à sa femme, à ses proches, à son équipe, à tous ceux qui l’ont accompagné. On pense à lui et à ce jour où, face à nous tous, il a fermé les yeux de bonheur.

Lors de l'arrivée du Vendée Globe.
© Mark Lloyd
Charlie Dalin, vainqueur du Vendée Globe | Finish recap | Vendée Globe 2024

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