Les frissons du départ, puis la course
Pendant quelques minutes encore, les émotions ont tenu la barre. L'ultime traversée des Sables d'Olonne avant de gagner le large a réveillé bien des souvenirs chez les marins. Pour certains, elle a même laissé quelques traces humides au coin des yeux. Violette Dorange ne s'attendait pas à être autant bouleversée. « Repasser dans le chenal et revoir autant de monde m'a ramenée au Vendée Globe. C'était hyper émouvant. J'ai quasiment pleuré tout du long. » La skipper d'Initiatives Cœur a pris le temps de savourer l'instant, consciente que cette énergie embarquée depuis les quais pourrait lui être précieuse dans les jours à venir. Même intensité pour Francesca Clapcich (11th Hour Racing). « Sortir du chenal reste toujours un moment magique. Je l'avais déjà vécu en Figaro lors d'une édition de la Solo Maître CoQ, mais le revivre à bord d'un IMOCA donne forcément des frissons. Cela permet aussi d'imaginer ce que représente un départ de Vendée Globe. » Ces instants suspendus n'ont toutefois pas duré bien longtemps. À peine les applaudissements dissipés, la course a repris ses droits. Très vite, il a fallu oublier les souvenirs, regarder devant et commencer à résoudre les premières équations du parcours.
Un gymkhana à ciel ouvert
Car contrairement aux apparences, cette première journée n'avait rien d'une promenade. Dans un flux capricieux, les neuf concurrents se sont retrouvés engagés dans une véritable partie d'échecs à ciel ouvert. Entre Yeu, la zone interdite à la navigation et les zones de dévent, chacun cherchait sa propre ouverture. À l'ouest de l'île pour Manu Cousin (Coup de Pouce) et Arnaud Boissières (APRIL Marine – recherche co-partenaires), à l'est des éoliennes pour Ambrogio Beccaria (Allagrande Mapei), ou dans le couloir intermédiaire pour les autres, les trajectoires ont rapidement divergé. « On a bien tricoté », a résumé Violette Dorange. « Il s'est passé énormément de choses. On a finalement fait beaucoup de manœuvres. Même sans vent, c'était assez sportif. » Sportif est même sans doute un euphémisme. Rouler. Dérouler. Renvoyer. Puis recommencer. Pendant plusieurs heures, les skippers ont davantage eu l'impression de fréquenter une salle de sport qu'une route vers le cercle polaire arctique. Les virements sous J0 se sont enchaînés, sollicitant durement les organismes. « Ce sont des manœuvres assez exigeantes », a assuré Violette. Francesca Clapcich a reconnu de son côté quelques imperfections dans l'exécution de ses choix. « Je pensais qu'il y aurait un peu plus de vent près de la côte. Je n'ai pas vraiment eu l'audace de suivre l'option de Manu et d'Arnaud. Ensuite, je me suis retrouvée un peu trop près de l'île et j'ai subi une importante zone de dévent. Ce n'était pas idéal. » Quant à Arnaud Boissières, il avait clairement affiché sa préférence pour l'ouest dès les premiers milles. « Je voulais privilégier cette option depuis le début. » Avant de constater avec amusement que les différents scénarios finissaient par converger. « Au final, on s'est tous retrouvés ensemble, comme si un nouveau départ était donné. » Et c'est exactement ce qui s'est produit.