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D'abord tricoter, puis accélérer

Les premiers milles de la Vendée Arctique – Les Sables d'Olonne auront rappelé une vérité que les marins connaissent bien : les petits airs sont souvent de faux amis. Dimanche, les neuf IMOCA ont quitté les Sables d'Olonne dans un souffle hésitant. De quoi laisser croire à une entrée en matière paisible. Il n'en a rien été. Entre l'île d'Yeu et le parc éolien qui lui fait face, les skippers ont dû multiplier les manœuvres, changer sans cesse de voiles d'avant et composer avec un vent aussi léger qu'instable. Une sorte de gymkhana grandeur nature avant qu'un tout autre décor ne s'installe dans la nuit. Désormais lancés à plus de 20 nœuds pour les plus rapides, les concurrents filent vers la pointe Bretagne tandis qu'un premier front se profile déjà à l'horizon.

On board - Francesca Clapcich
© Francesca Clapcich 11th Hour Racing

Les frissons du départ, puis la course

Pendant quelques minutes encore, les émotions ont tenu la barre. L'ultime traversée des Sables d'Olonne avant de gagner le large a réveillé bien des souvenirs chez les marins. Pour certains, elle a même laissé quelques traces humides au coin des yeux. Violette Dorange ne s'attendait pas à être autant bouleversée. « Repasser dans le chenal et revoir autant de monde m'a ramenée au Vendée Globe. C'était hyper émouvant. J'ai quasiment pleuré tout du long. » La skipper d'Initiatives Cœur a pris le temps de savourer l'instant, consciente que cette énergie embarquée depuis les quais pourrait lui être précieuse dans les jours à venir. Même intensité pour Francesca Clapcich (11th Hour Racing). « Sortir du chenal reste toujours un moment magique. Je l'avais déjà vécu en Figaro lors d'une édition de la Solo Maître CoQ, mais le revivre à bord d'un IMOCA donne forcément des frissons. Cela permet aussi d'imaginer ce que représente un départ de Vendée Globe. » Ces instants suspendus n'ont toutefois pas duré bien longtemps. À peine les applaudissements dissipés, la course a repris ses droits. Très vite, il a fallu oublier les souvenirs, regarder devant et commencer à résoudre les premières équations du parcours.

Un gymkhana à ciel ouvert

Car contrairement aux apparences, cette première journée n'avait rien d'une promenade. Dans un flux capricieux, les neuf concurrents se sont retrouvés engagés dans une véritable partie d'échecs à ciel ouvert. Entre Yeu, la zone interdite à la navigation et les zones de dévent, chacun cherchait sa propre ouverture. À l'ouest de l'île pour Manu Cousin (Coup de Pouce) et Arnaud Boissières (APRIL Marine – recherche co-partenaires), à l'est des éoliennes pour Ambrogio Beccaria (Allagrande Mapei), ou dans le couloir intermédiaire pour les autres, les trajectoires ont rapidement divergé. « On a bien tricoté », a résumé Violette Dorange. « Il s'est passé énormément de choses. On a finalement fait beaucoup de manœuvres. Même sans vent, c'était assez sportif. » Sportif est même sans doute un euphémisme. Rouler. Dérouler. Renvoyer. Puis recommencer. Pendant plusieurs heures, les skippers ont davantage eu l'impression de fréquenter une salle de sport qu'une route vers le cercle polaire arctique. Les virements sous J0 se sont enchaînés, sollicitant durement les organismes. « Ce sont des manœuvres assez exigeantes », a assuré Violette. Francesca Clapcich a reconnu de son côté quelques imperfections dans l'exécution de ses choix. « Je pensais qu'il y aurait un peu plus de vent près de la côte. Je n'ai pas vraiment eu l'audace de suivre l'option de Manu et d'Arnaud. Ensuite, je me suis retrouvée un peu trop près de l'île et j'ai subi une importante zone de dévent. Ce n'était pas idéal. » Quant à Arnaud Boissières, il avait clairement affiché sa préférence pour l'ouest dès les premiers milles. « Je voulais privilégier cette option depuis le début. » Avant de constater avec amusement que les différents scénarios finissaient par converger. « Au final, on s'est tous retrouvés ensemble, comme si un nouveau départ était donné. » Et c'est exactement ce qui s'est produit.

On board - Arnaud Boissisères
© Arnaud Boissières (APRIL Marine - recherche co-partenaires)

Le vent se lève, la flotte s'étire

Au cœur de la nuit, les trajectoires se sont progressivement rejointes. Un virement de bord collectif en direction de la pointe Bretagne a marqué la fin de cette longue phase d'observation. Puis le vent a commencé à monter. Le changement de rythme a été immédiat. Après des heures passées à guetter la moindre risée, les IMOCA se sont soudain mis à allonger la foulée. Les vitesses sont passées à deux chiffres. Les foils ont recommencé à chanter. La flotte, jusqu'alors compacte, a commencé à s'étirer. En tête, Sam Goodchild (MACIF Santé Prévoyance) mène la danse devant Corentin Horeau (MACSF). Les deux hommes sont également les plus rapides du moment, avec des accélérations régulières au-delà des 20 nœuds dans un flux de sud-ouest établi entre 17 et 18 nœuds. Le temps du gymkhana vendéen semble désormais derrière eux. Place à un long bord bâbord amures vers la pointe Bretagne. Une configuration plus stable qui permet enfin aux marins de souffler un peu, de s'organiser et surtout de recharger les batteries. « J'essaie d'en profiter pour dormir un peu », a commenté Arnaud Boissières au petit matin. 


On part sur un grand tronçon. Il faut à la fois savourer, s'appliquer et commencer à se projeter sur la suite.


Même objectif pour Francesca Clapcich, qui cherchait avant tout à retrouver son rythme après une entrée en matière particulièrement active. « J'ai mangé, fait quelques petites siestes et j'espère pouvoir dormir davantage. » Cette parenthèse plus régulière ne devrait toutefois être que de courte durée. Un premier front est attendu dans la matinée, avec des vents plus soutenus et une mer en construction qui pourrait atteindre 4 à 4,5 mètres dans les prochaines vingt-quatre heures. Car si le casse-tête vendéen appartient désormais au passé, la Vendée Arctique – Les Sables d’Olonne, elle, ne fait que commencer. Devant les étraves se dessinent désormais l'Irlandeune mer qui se construit et les premières saveurs du Grand Nord.


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