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Le Grand Nord à portée d’étrave

Le ciel se confond avec la mer dans une succession de gris, de bruine et de brouillard. Une atmosphère qui évoque parfois les mers australes, mais cette fois, c'est bien vers le Grand Nord que les IMOCA font route. Ce jeudi matin, aux alentours de 9h30-10h, Sam Goodchild (MACIF Santé Prévoyance) devrait devenir le premier concurrent à franchir le cercle polaire arctique, bientôt suivi par Élodie Bonafous (Association Petits Princes – Quéguiner). Une première depuis la création de la Vendée Arctique – Les Sables d'Olonne. À plus de 66° Nord, les nuits disparaissent presque totalement, l'humidité s'invite partout et le décor prend des allures de bout du monde. Un moment rare, dont les skippers mesurent pleinement la singularité. Mais en course au large, l'émotion ne suspend jamais longtemps le chronomètre. Car derrière cette frontière symbolique se dessinent déjà les grandes options stratégiques de la descente vers Les Sables d'Olonne.

MACIF Santé Prévoyance
© Sam Goodchild

Là où le jour ne s'éteint jamais

Depuis plusieurs jours, les IMOCA remontent vers des latitudes rarement fréquentées en compétition. Les Hébrides ont progressivement cédé la place aux Féroé, puis bientôt au cercle polaire. À mesure que les milles défilent, l’ambiance change. Le ciel se fait plus bas, la lumière plus diffuse, les contrastes s'effacent. « Ici, c'est gris, gris, gris », a raconté Sam Goodchild au petit matin. « Soit c'est du brouillard, soit des nuages partout. Par moments, cela ressemble vraiment aux mers du Sud. » Le leader de la flotte redécouvre pourtant un phénomène bien différent : la disparition progressive de la nuit. « Il était 3h30 du matin et je voyais déjà le soleil derrière les nuages. Même à minuit ou une heure du matein, je n'avais pas besoin de lampe frontale. C'est quand même assez spécial. » À bord des bateaux, l'atmosphère est également particulière. Le froid s'installe progressivement, mais c'est surtout l'humidité qui marque les organismes. « Il y a de la condensation partout à l'intérieur du bateau », a résumé le Franco-Britannique. Une sensation que partage Élodie Bonafous. « J'ai froid. J'ai sorti mes couches les plus chaudes. Avec l'humidité, tout est plus compliqué. Tout est trempé ou semi-trempé. » Pour la Finistérienne, le décor a même quelque chose d'inquiétant. 


Je suis dans une espèce de brouillard et de bruine où il n'y a quasiment aucune visibilité. Franchement, c'est une ambiance un peu lugubre.

Élodie Bonafous
ASSOCIATION PETITS PRINCES - QUÉGUINER

Un Vendée Globe en accéléré

Pour Sam Goodchild, cette remontée vers le Grand Nord fait naître d'étonnants souvenirs. Le marin y retrouve des sensations proches de celles éprouvées lors d’un tour du monde. « J'ai vraiment l'impression de vivre un mini-Vendée Globe condensé », a-t-il expliqué. « On retrouve beaucoup de choses que l'on rencontre autour du monde : les changements de conditions, l'eau froide, les moments où il faut ralentir pour préserver le bateau, l'humidité permanente... » Même les oiseaux qui accompagnent régulièrement les IMOCA renforcent cette impression d'ailleurs. « Il y en a partout. Bon, ce ne sont pas des albatros, mais cela participe à cette atmosphère particulière. », s’est-il amusé. Le passage du cercle polaire constitue évidemment un moment fort. « Peu de personnes ont la chance de vivre cela, et encore moins en solitaire à bord d'un IMOCA. Cela nous rappelle qu'on fait quelque chose d'un peu hors du commun. » Élodie Bonafous partage ce sentiment, même si la fatigue l'empêche encore de pleinement réaliser. « J'avoue que je suis un peu déconnectée, mais je me suis quand même dit que c'est stylé. On est en train d'arriver dans le Grand Nord ! »

Ambiance à bord de l'Imoca Association Petits Prince-Queguiner, skippé par Elodie Bonafous lors de la Vendée Arctique 2026 - en mer le 10/06/2026
Ambiance à bord de l'Imoca Association Petits Prince-Queguiner, skippé par Elodie Bonafous lors de la Vendée Arctique 2026 - en mer le 10/06/2026

Pas le temps de rêver

Car derrière la beauté du moment, la course continue de dicter son rythme. Ces dernières heures ont encore été particulièrement éprouvantes pour la skipper d’Association Petits Princes – Quéguiner. « Ça a bien bourriné dans le front hier en fin d'après-midi », a-t-elle raconté. « J'ai aussi dû gérer plusieurs soucis électroniques qui m'ont généré beaucoup de stress. A présent, je traverse le centre de la dépression et je suis bloquée dans la molle. Là, je tombe littéralement de fatigue. » Le programme des heures à venir est déjà tout trouvé : dormir un peu, retrouver de la lucidité puis définir précisément le point de passage du cercle polaire. « Je vais essayer de faire une petite sieste pour reconnecter les neurones. Ensuite, ma priorité sera de regarder la météo et de choisir où franchir le cercle. » Car le véritable enjeu se situe déjà après. Le point de passage choisi conditionnera une grande partie de la descente vers Les Sables d'Olonne. Sam Goodchild a d'ailleurs déjà dévoilé une partie de son plan. « Je vise un passage plutôt ouest, à l'est de l'Islande. Cela devrait favoriser le retour. » Une chose semble en revanche acquise : la route passant par la mer du Nord puis la Manche ne séduit guère les leaders.« Cette option n'est pas vraiment ouverte pour moi. Et je suis plutôt content que ce soit le cas », a reconnu Sam. Même son de cloche chez Élodie Bonafous. « J'espère que les routages par la mer du Nord vont disparaître. Entre les plateformes pétrolières, le trafic et toutes les zones réglementées, c'est une route qui ne laisse quasiment aucun répit en solitaire. » Le cercle polaire n'est désormais plus qu'à quelques milles. Une frontière symbolique que les premiers concurrents s'apprêtent à franchir pour la première fois dans l'histoire de l'épreuve. Mais déjà, leurs regards se tournent vers le sud. Car dans quelques heures à peine, il faudra cesser de monter pour commencer à redescendre.


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