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Les derniers milles ne se donnent jamais

Après plus de neuf jours à ferrailler avec l'Atlantique Nord, l'arrivée se rapproche enfin pour Nico d'Estais. À moins de cent milles de la ligne, le skipper de Café Joyeux devrait boucler sa Vendée Arctique – Les Sables d'Olonne ce mercredi soir ou en première partie de nuit. Derrière lui, Arnaud Boissières (APRIL Marine – recherche co-partenaires) n'a pas renoncé à réduire l'écart, tandis que Manu Cousin (Coup de Pouce) poursuit son long bord de près vers l'Irlande dans 25 à 35 nœuds de vent. Trois trajectoires différentes, mais une même détermination : rester pleinement dans leur course jusqu'à la ligne et continuer à tirer le meilleur de chaque mille parcouru.

Nico d'Estais (Café Joyeux)
© Martin Kéruzoré

Les derniers pièges

Pendant plusieurs jours, ils ont composé avec les dépressions de l'Atlantique Nord, les rafales à plus de 30 nœuds et les mers parfois rugueuses des hautes latitudes. Depuis leur retour vers le sud, le décor a changé. Après une traversée rapide de la mer Celtique puis de la Manche, Nico d'Estais et Arnaud Boissières abordent désormais une phase bien différente de leur course. À l'approche de la Vendée, le vent s'étiole et oblige chacun à soigner son placement. Cette descente vers les côtes françaises leur a toutefois offert une respiration bienvenue. Mer relativement plate, bateau lancé à bonne vitesse et longues heures sur le même bord : de quoi refaire un peu les réserves après une semaine particulièrement exigeante. « J’ai profité de ce moment pour vraiment récupérer. C’était assez stable, idéal pour se reposer avant d’attaquer les côtes bretonnes puis vendéennes », a expliqué le skipper de Café Joyeux. Conscient de la molle annoncée sur la fin du parcours, Nico d'Estais a choisi d'anticiper. Il a fait le choix de rester au plus près du littoral dans l'espoir de profiter d'éventuels effets thermiques. Ce mercredi matin, cette option l'a conduit à passer à l'intérieur de Belle-Île-en-Mer. « L’enjeu, désormais, c’est simplement de trouver du vent pour rejoindre les Sables d’Olonne. Cela s’annonce comme une arrivée assez délicate. Heureusement, mon bateau est plutôt à l’aise dans ce registre. » La stratégie a du sens, mais elle ne garantit rien. Déjà ralenti dans les petits airs, le marin voit son avance fondre progressivement. Par effet mécanique, les écarts se réduisent. « J’avais réussi à creuser un peu, mais Cali est revenu. Nous ne sommes pas exactement au même endroit et nous ne touchons pas le même vent. Je vois bien que mon avance diminue à mesure que je ralentis, mais lui finira aussi par entrer dans cette zone. Quoi qu’il arrive, je reste concentré jusqu’au bout. » Derrière, Arnaud Boissières profite en effet encore d'un peu plus de pression pour continuer à grignoter du terrain. Une situation devrait, de fait, ne durer qu'un temps. Le skipper d’APRIL Marine – recherche co-partenaires reste donc particulièrement attentif aux transitions qui l'attendent dans les prochaines heures. « Le vent devrait peu à peu adonner et il faudra probablement effectuer quelques empannages, mais la tendance générale reste plutôt favorable. »

Une marche plus haute que les autres

À mesure que les milles défilent, les premiers bilans commencent à prendre forme. Pour Nico d'Estais, cette Vendée Arctique constitue bien davantage qu'une simple ligne au palmarès. Elle marque une étape importante sur le chemin qui mène au Vendée Globe. 


Cette épreuve représente une étape majeure dans ma préparation. Une marche plus haute que les précédentes. Le fait d’être allé au bout me donne énormément de confiance pour la suite.

Nico D'Estais
Café Joyeux

Le skipper de Café Joyeux retient autant ce qu'il a appris que le résultat brut. « Il y a plusieurs choses que j’ai réalisées sur cette course et dont je me serais cru incapable il y a encore un mois. » Mais cette confiance nouvelle s'accompagne d'un respect intact pour la mer et les machines qu'il mène. « Quand le bateau s’est retrouvé couché et qu’il a fallu trouver une solution pour repartir, je me suis rappelé à quel point nous restons peu de choses face à ces machines et à la mer. » Chez Arnaud Boissières, le sentiment est proche. Derrière les chiffres, c'est surtout l'expérience accumulée qui domine. « Je suis vraiment heureux d'avoir été là-haut, d'avoir franchi ce fameux cercle polaire arctique. J'ai tenté des choses, pris des options, essayé de comprendre davantage mon bateau. » Le marin Sablais repart également avec une meilleure connaissance de sa monture. « J’ai parfois l’impression que le bateau a plus de capacités que son skipper. Là où moi je trouve les conditions difficiles, lui semble parfaitement à l’aise. C’est plutôt rassurant pour la suite et ça donne envie de continuer à explorer son potentiel. » Tous deux reviennent du Grand Nord avec davantage que des milles au compteur : une confiance nouvelle, des repères solides et un vécu qui comptera dans les échéances à venir.

Arnaud Boissières (APRIL Marine - recherche co-partenaires)

Manu Cousin, encore au contact du Grand Nord

Plusieurs centaines de milles plus au nord, Manu Cousin évolue dans une tout autre ambiance. Pendant que Nico d'Estais et Arnaud Boissières cherchent la moindre risée capable de les conduire vers les Sables d'Olonne, le skipper de Coup de Pouce poursuit sa longue descente vers l'Irlande sous l'influence d'une dépression peu mobile. « J’ai essentiellement deux options au menu : du près dans du vent soutenu ou carrément de la molle. Forcément, ça ne favorise pas les grandes moyennes. » La nuit dernière lui a tout de même offert une séquence plus favorable. Au portant, dans 35 nœuds de vent, son IMOCA a retrouvé des allures bien plus confortables. « Là, pour le coup, le bateau avançait vraiment vite. J’ai même dû rentrer un foil parce que la mer était assez cassante et que je ne voulais pas prendre de risques inutiles. Mais au moins, on faisait de la route. » Depuis, retour au programme prévu : du près, encore du près. « Je suis reparti face au vent dans 25 nœuds avec des rafales qui devraient monter à 35 nœuds au cours des prochaines heures. Et visiblement, cela devrait durer encore une bonne journée. » Après plus de neuf jours de mer, la fatigue commence naturellement à se faire sentir. « Cette course est vraiment très exigeante. Il y a énormément de manœuvres, de changements de voiles, de réglages permanents. On passe son temps sur le pont. Mentalement et physiquement, ça use. » Pour autant, l'objectif ne change pas. « Aujourd’hui, mon but est simple : ramener le bateau le plus vite possible, mais surtout dans le bon état. » Une philosophie qui résume assez bien cette fin de Vendée Arctique. Les situations diffèrent, les conditions aussi. Mais à bord des trois IMOCA encore en mer, personne ne lève le pied. Parce qu'au large, tant qu'il reste des milles à parcourir, il reste toujours quelque chose à aller chercher.

 


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