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Quand la course devient intérieure

Hier soir, Nico d’Estais (Café Joyeux) a franchi la ligne d’arrivée de la Vendée Arctique – Les Sables d’Olonne. Quelques heures plus tard, au cœur de la nuit, Arnaud Boissières (APRIL Marine – recherche co-partenaires) l’a imité. Désormais, un seul IMOCA navigue encore entre le Grand Nord et la Vendée : celui de Manu Cousin (Coup de Pouce). Une situation particulière qui transforme peu à peu la nature même de la course. Quand les autres sont déjà à quai, quand les pontons se remplissent de retrouvailles et que les classements semblent figés, il faut trouver d’autres ressorts pour continuer à avancer. Des ressorts plus intimes. Plus profonds aussi.

Manu Cousin (Coup de Pouce)

Seul avec la course

Il existe dans la course au large un moment particulier où la compétition cesse de se mesurer uniquement aux autres. Pour Manu Cousin, ce moment est arrivé depuis plusieurs jours déjà. Les petits pépins accumulés depuis le départ, conséquence notamment d'une remise à l'eau tardive et de travaux réalisés cet hiver sur le bateau, dont certains aspects n'avaient encore jamais été éprouvés dans des conditions aussi exigeantes, ont progressivement éloigné le Sablais du groupe de tête. Depuis, les écarts se sont installés et l'enjeu s'est déplacé. « J'en ai pris mon parti. La course, telle qu'elle devait se jouer au classement, est derrière moi. Désormais, mon objectif est simple : ramener le bateau le plus vite possible et dans le meilleur état possible. Cela reste une course, mais une course contre la montre et contre moi-même. » La situation demande une réelle solidité mentale. Continuer à batailler au large lorsque les premiers ont déjà retrouvé la terre ferme n'a rien d'anodin. « Bien sûr, voir les autres arriver fait toujours un petit pincement au cœur. C'est un peu comme sur le Vendée Globe : lorsque les copains franchissent la ligne et que vous êtes encore loin derrière, cela rappelle forcément l'écart qui s'est creusé. » Pour autant, le skipper de Coup de Pouce refuse de s'enfermer dans la frustration. Au fil des milles, il préfère retenir tout ce que cette Vendée Arctique lui a permis d'apprendre.


Je préfère retenir tout ce que cette épreuve m'a appris. Dans cette "défaite", entre guillemets, il y a énormément d'enseignements pour la suite du projet.


Du près, encore du près

Comme si cela ne suffisait pas, la météo ne lui accorde aucun répit. Depuis plus de quarante-huit heures, Manu Cousin enchaîne les bords de près dans un Atlantique Nord qui continue de lui imposer ses règles. Là où les leaders avaient déboulé à pleine vitesse au portant aux abords des côtes irlandaises, avec des pointes dépassant les 30 nœuds, le Sablais vit une tout autre histoire. Vent fort, molles, nouveau vent fort, puis à nouveau presque plus rien.  Une alternance qui oblige à manœuvrer sans cesse et empêche toute forme de rythme. « J'ai essentiellement deux régimes : soit 25 à 30 nœuds de vent, soit quasiment rien. Entre les deux, il n'y a pas grand-chose. Cela génère énormément de manœuvres. Je prends des ris, je les enlève, je renvoie de la toile... Au moins, je ne m'ennuie pas ! ». Son IMOCA contourne actuellement l’île Verte par l'ouest, progressant péniblement à une allure particulièrement exigeante, aussi bien pour le marin que pour la machine. Ce jeudi, un nouveau front doit encore lui passer dessus avant un retour à des conditions plus maniables. Le mythique phare du Fastnet devrait être débordé dans l'après-midi. Ensuite seulement viendront la mer Celtique puis la Manche, avec une arrivée désormais envisagée dimanche dans la journée ou en soirée.

Manu Cousin (Coup de Pouce)

Transformer les galères en expérience

Dans ces conditions, la tentation pourrait être grande de ne retenir que ce qui n'a pas fonctionné. Manu Cousin choisit pourtant une autre lecture. Depuis le départ, cette Vendée Arctique agit comme un gigantesque banc d'essai pour son projet. « Cette course a aussi été un formidable révélateur. Nous étions venus pour tester le bateau dans des conditions réelles de compétition et, de ce point de vue-là, nous avons été servis. Nous avons identifié beaucoup de choses. Certaines font partie de la vie normale d'un projet. D'autres, en revanche, ne devront plus se reproduire. » Car malgré les problèmes techniques, les soucis rencontrés avec certains systèmes embarqués et les heures passées à bricoler quand il aurait préféré naviguer, le constat demeure positif. Les faiblesses ont été identifiées. Les axes de progression aussi. « L'avantage, c'est qu'en course on pousse les bateaux beaucoup plus loin que dans n'importe quelle autre situation. Tout ce que nous avons découvert ici va nous permettre de progresser. Pour les prochaines courses, j'ai envie de passer moins de temps à bricoler et davantage de temps à naviguer, à courir et à me battre avec le groupe dans lequel je pense avoir ma place. » D'ici là, il reste encore plusieurs centaines de milles à parcourir. Et tant que la ligne n'est pas franchie, la course n'est jamais tout à fait terminée. Manu Cousin le sait mieux que personne. Alors il continue de cravacher. Bord après bord. Mille après mille. Avec la même obstination que depuis le départ.


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