Seul avec la course
Il existe dans la course au large un moment particulier où la compétition cesse de se mesurer uniquement aux autres. Pour Manu Cousin, ce moment est arrivé depuis plusieurs jours déjà. Les petits pépins accumulés depuis le départ, conséquence notamment d'une remise à l'eau tardive et de travaux réalisés cet hiver sur le bateau, dont certains aspects n'avaient encore jamais été éprouvés dans des conditions aussi exigeantes, ont progressivement éloigné le Sablais du groupe de tête. Depuis, les écarts se sont installés et l'enjeu s'est déplacé. « J'en ai pris mon parti. La course, telle qu'elle devait se jouer au classement, est derrière moi. Désormais, mon objectif est simple : ramener le bateau le plus vite possible et dans le meilleur état possible. Cela reste une course, mais une course contre la montre et contre moi-même. » La situation demande une réelle solidité mentale. Continuer à batailler au large lorsque les premiers ont déjà retrouvé la terre ferme n'a rien d'anodin. « Bien sûr, voir les autres arriver fait toujours un petit pincement au cœur. C'est un peu comme sur le Vendée Globe : lorsque les copains franchissent la ligne et que vous êtes encore loin derrière, cela rappelle forcément l'écart qui s'est creusé. » Pour autant, le skipper de Coup de Pouce refuse de s'enfermer dans la frustration. Au fil des milles, il préfère retenir tout ce que cette Vendée Arctique lui a permis d'apprendre.