Entre falaises, courants et légendes
La Vendée Arctique – Les Sables d'Olonne avait déjà nourri les imaginaires à l'aller. Les Hébrides, les Féroé, le cercle polaire, l'Islande aperçue entre deux bancs de brume... Autant de noms qui résonnent bien au-delà des cartes marines. Le retour n'est pas moins singulier. Pour rallier l'Atlantique, plusieurs concurrents s'apprêtent à s'engouffrer entre l'île Verte et la Grande-Bretagne via le Canal du Nord. Dans sa partie la plus resserrée, au niveau du détroit de Moyle, les deux côtes ne sont séparées que d'une vingtaine de kilomètres. Une géographie étroite à laquelle s'ajoutent courants, trafic maritime et dispositifs de séparation du trafic. Un décor chargé d'histoire et de mythologie. Selon une célèbre légende irlandaise, c'est dans cette région que le géant Fionn Mac Cumhaill aurait bâti la Chaussée des Géants pour rejoindre l'Écosse. Aujourd'hui, ce sont des IMOCA lancés à pleine vitesse qui se dirigent vers ces eaux. Leurs préoccupations sont toutefois bien différentes de celles des héros des récits celtiques. Car pour les marins, ce couloir maritime ne constitue pas seulement une curiosité. Il représente surtout l'un des grands choix stratégiques de cette fin de course.
Quand la prudence l'emporte sur le routage
Pour Sam Goodchild (MACIF Santé Prévoyance), aucune hésitation. Le leader de l'épreuve est en train d'engager son 60 pieds dans le Canal du Nord. Élodie Bonafous (Association Petits Princes – Quéguiner) suit la même logique. Sur le papier, l'option est séduisante. Plus courte. Plus directe. Et surtout nettement plus rapide selon les routages actuels. Mais elle ne convainc pas tout le monde. Revenu hier à la troisième place après avoir débordé Violette Dorange (Initiatives Cœur) et mis sous pression Élodie Bonafous, Ambrogio Beccaria (Allagrande Mapei) a choisi une autre voie. L'Italien a décidé de contourner l'Irlande par l'ouest. « Quand je regarde ce qu'il y a au menu : du vent fort, de la mer, du courant contraire, un DST à négocier dans un passage étroit, franchement, ça me prend l'estomac. Je ne le sens pas. » Le skipper italien est parfaitement conscient de ce qu'il abandonne en faisant ce choix. « Le pire, c'est que je sais que c'est probablement la route gagnante. Mes routages lui donnent parfois 50 à 60 milles d'avantage. » Mais pour celui qui dispute sa première course en solitaire en IMOCA, la réflexion dépasse largement le simple calcul comptable. Une récente frayeur avec son pilote automatique a renforcé sa conviction. « Si la même chose arrive au mauvais endroit, ça peut vite devenir un vrai drama. » Le choix est donc pleinement assumé, même s'il pourrait lui coûter plusieurs places. « J'ai un peu l'impression d'être seul contre tous sur ce coup-là ! »