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Quand les premiers rappellent que rien n'est jamais joué

La Vendée Arctique – Les Sables d'Olonne vient de rappeler, avec une rare brutalité pour les uns et un bonheur immense pour les autres, pourquoi la course au large refuse obstinément de se laisser écrire à l'avance. Pendant huit jours, Sam Goodchild (MACIF Santé Prévoyance) a semblé tenir la victoire fermement entre ses mains. Puis le golfe de Gascogne a refermé son piège. Une bulle sans vent, plantée sur la route des Sables d'Olonne, a stoppé net l'élan du leader et ouvert la porte à un final que personne n'aurait osé imaginer quelques heures plus tôt. Ambrogio Beccaria (Allagrande Mapei) s'est engouffré dans la brèche pour décrocher la victoire au terme d'un suspense étouffant. Le podium est désormais connu. Mais en mer, la course continue. Et pour Nico d'Estais (Café Joyeux), Arnaud Boissières (APRIL Marine recherche co-partenaires) et Manu Cousin (Coup de Pouce), toujours engagés sur la route retour, le dénouement offert par les premiers résonne comme un rappel précieux : tant que la ligne n'est pas franchie, tout reste à prendre.

Nico d'Estais (Café Joyeux)
© Martin Kéruzoré

Nico et Cali, le match dans le match

Ce mardi matin, Arnaud Boissières a débordé à son tour le célèbre phare du Fastnet, quelques heures seulement après Nico d'Estais. Entre les deux hommes, une petite centaine de milles d’écart et une même volonté : ne rien lâcher. Hier, leur duel s'est joué au large de la côte ouest irlandaise, dans une zone particulièrement complexe à négocier. Le skipper de Café Joyeux a choisi de rester fidèle à sa route au plus près de la terre, quitte à patienter en attendant l'arrivée du nouveau flux. « J'avais le choix entre partir quasiment à 90 degrés de ma route pour aller chercher ce nouveau vent ou continuer à avancer plus directement vers l'arrivée en attendant qu'il vienne à moi. C'est cette deuxième option que j'ai retenue », a-t-il expliqué. Une décision qui lui a permis de conserver l'avantage, même si la bataille lui a coûté cher physiquement. « Le contournement de l’Irlande m'a donné beaucoup de fil à retordre. J'ai terminé complètement cramé. Durant un jour et demi, je n'ai pratiquement pas dormi. » Le marin d’APRIL Marine – recherche co-partenaires, lui, a tenté l'approche inverse. « Je me suis un peu décalé vers l'ouest pour aller chercher la bascule de vent au sud-ouest. Sur le papier, c'était une opportunité de revenir dans le match. » Les deux stratégies avaient leur logique. Les écarts, eux, ont peu évolué. À présent, un nouveau chapitre s'ouvre. Portés par un flux d’une douzaine de nœuds sur une mer relativement plate, les deux marins peuvent enfin souffler un peu après plusieurs jours particulièrement exigeants. « Le bateau glisse facilement et il n'y a pas besoin de le solliciter énormément pour avancer vite. Après les dernières journées, c'est presque du luxe », a souri Nico d'Estais. Mais derrière cette apparente simplicité, la partie est loin d'être terminée. « Après le passage de la pointe bretonne, les effets thermiques et le positionnement par rapport à la côte pourraient jouer un rôle important », a-t-il prévenu. Arnaud Boissières, lui, garde les yeux rivés sur son adversaire. « Mon objectif est clair : essayer de revenir sur Nico et lui mettre la pression jusqu'au bout. Tout reste possible. » Après avoir observé le scénario renversant vécu par les leaders, difficile de lui donner tort. 


Le final offert par les premiers a été assez incroyable à suivre. De mon côté, j'espère simplement pouvoir entretenir un peu de suspense dans mon propre match avec Nico jusqu'à l'arrivée !

Arnaud Boissières
April Marine - Recherche co-partenaire

Manu Cousin, toujours au nord

Plus en arrière, Manu Cousin poursuit sa descente vers le sud. Mais à la latitude de l'île de Lewis, au large de l'Écosse, le Grand Nord n'a pas totalement desserré son étreinte. La nuit dernière, le Sablais a encore composé avec une trentaine de nœuds de vent et des rafales dépassant parfois les 35 nœuds. Quelques heures plus tard, le décor a changé. « La météo, c'est vraiment "on / off". Une séquence cool, une séquence musclée, puis à nouveau une séquence cool », a-t-il détaillé. Surtout, le skipper de Coup de Pouce commence à retrouver un peu de sérénité après un début de course perturbé par plusieurs petits soucis techniques. « Le bateau va un peu mieux. J'ai moins de problèmes en ce moment. Je touche du bois parce qu'en général, c'est au moment où l'on dit ça qu'il se passe quelque chose ! » Dans cette partie du monde, l'humidité reste omniprésente et les températures ne pardonnent pas. Au point que Manu a ressorti un équipement devenu l'un de ses meilleurs alliés à bord. « J'avais embarqué une petite bouillotte avant le départ. Ces derniers jours, je peux dire que je l'ai bénie ! » Une confidence qui résume bien cette Vendée Arctique : une aventure où les grandes options stratégiques côtoient parfois les petits bonheurs les plus simples.

Manu Cousin (Coup de Pouce)

Continuer à prendre ce qu'il y a à prendre

Aucun des trois ne songe à relâcher ses efforts. Parce qu'au-delà du classement, cette fin de Vendée Arctique – Les Sables d’Olonne continue d'offrir ce que les marins viennent souvent chercher dans ce type d'épreuve : des milles, de l'expérience et des enseignements. « J'ai pu découvrir de nouvelles choses sur le bateau, résoudre des problèmes et continuer à apprendre », a souligné Arnaud Boissières. « Je me suis fixé un défi personnel : faire avancer la machine du mieux possible et progresser à chaque heure passée en mer », a avancé Manu Cousin de son côté. Au fond, le message envoyé par les premiers ces dernières heures vaut aussi pour eux. La course au large a ceci de particulier qu'elle récompense rarement ceux qui cessent d'y croire. Après tout, Sam Goodchild semblait filer vers une victoire tranquille à moins de deux cents milles de l'arrivée. La suite appartient désormais à ceux qui continuent d'avancer.


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