Une case de plus sur la carte d'une vie
À bord d'Allagrande Mapei, Ambrogio Beccaria n'a pas cherché à cacher sa satisfaction. « On a fait quelque chose d'important. On est montés vraiment très au nord, dans des endroits où l'on ne va pas tous les jours, et aujourd'hui on peut se dire : ça y est, on l'a fait ! » L'Italien a même célébré l'instant à sa manière, avec un risotto. Un clin d'œil gourmand pour marquer un passage qu'il n'est pas certain de revivre souvent. Même sentiment chez Élodie Bonafous. « Il y a forcément une petite fierté. On reçoit beaucoup de messages qui rappellent l'engagement que représente cette course et ça aide à prendre conscience de ce qu'on est en train de faire. Cette latitude-là, ce n'est pas tous les jours qu'on la coupe. Ça y est, c'est fait, c'est coché. Et ce n'est certainement pas l'une des cases les plus ordinaires du métier. » Pour autant, les émotions n'ont guère eu le temps de s'installer. À peine le cercle franchi, il a fallu replonger dans la course. Enchaîner les manœuvres, choisir sa route et préparer la longue descente vers Les Sables d'Olonne.
Les foils chantent à nouveau
Depuis plusieurs heures, les leaders glissent à vive allure au large de l'Islande. Les foils ont recommencé à chanter et les compteurs retrouvent des couleurs. « Les bords de portant sont vraiment plaisants », a raconté la skipper d’Association Petits Princes - Quéguiner alors qu'elle venait tout juste d'entamer sa descente vers le sud. « J'ai réussi à trouver les bons réglages et à bien me reposer. Ça donne du baume au cœur. » La navigatrice sait pourtant que cette parenthèse risque d'être de courte durée. « Je redoute un peu les accélérations à l'approche de l'Islande. Avec l'air froid qui descend du nord, j'ai le sentiment que cela pourrait être plus fort que ce qu'annoncent les fichiers. » Car au-delà des choix de route, le Grand Nord impose aussi ses propres contraintes. « J'essaie d'avoir une petite organisation avec mes vêtements pour garder un minimum de confort syndical », a commenté la Finistérienne. Une expérience dont elle tire déjà quelques enseignements pour la suite. « Nota bene pour le Vendée Globe : partir avec plusieurs sacs de couchage ! », a-t-elle plaisanté. Les premiers concurrents abordent une nouvelle séquence météorologique. Après ce passage dynamique au large de l'Islande, plusieurs zones de transition devraient de nouveau ralentir la flotte avant l'arrivée d'un vent plus soutenu. Sam Goodchild (MACIF Santé Prévoyance) sera le premier à entrer dans ce nouveau système, avec des conditions annoncées musclées sur la route de l'Irlande et une mer pouvant atteindre quatre mètres. Derrière lui, les écarts de positionnement pourraient encore créer des différences sensibles dans la manière de négocier ces prochains obstacles. Le cercle polaire est désormais dans leur sillage. La route vers la Vendée, elle, reste semée d'embûches.